Wang Bing (France Culture 2017)
Wang Bing : "(...) J'ai effectivement vu son documentaire [Chung kuo - cina / La Chine, d'Antonioni, 1972]. Je l'ai vu une première fois, j'en ai vu une partie quand j'étais à l'académie du cinéma de Pékin. Et puis en 2012, j'ai revue une copie film et je peux dire qu'il a eu une certaine influence sur moi. Je me souviens que quand j'étais en train de faire le montage d'A l'Ouest des Rails [2003], y'a eu certain passages de mon film je n'étais pas sûr de moi, il y a eu certaines hésitations. Et je me souviens être allé aux archives du film de Pékin pour revoir ce documentaire d'Antonioni. Après avoir vu ce film, je me suis dis que ce que j'avais monté instinctivement était juste.
(...) Pour moi faire du cinéma c'est un mode de vie, c'est quelque chose qui fait parti de ma vie. Et puis par l'intermédiaire du cinéma ça m'aide à voir les gens, à les comprendre, à comprendre leur vie. Je suis aussi tout simplement un travailleur du cinéma, c'est un métier." (...)
Wang Bing : "La vérité au cinéma... je penses qu'à partir du moment où on prononce un mot, un terme, ça nous fait partir dans quelque chose de très abstrait. Bien sûr on peut dire qu'il n'y a pas de vérité au cinéma... Il y a beaucoup de théorie autour de ça. Les réalisateurs aiment beaucoup s'exprimer pour dire à quel point la vérité est impossible, qu'on ne peut pas l'atteindre par un travail d'un cinéaste. Bien sûr dans un certain sens il n'y a pas de vérité pure, parce qu'on est là avec cet outil caméra. Mais dans ma façon de travailler, en tout cas, moi, la façon dont j'entends les choses, je vois quelque chose, je suis animé par mon éthique, ma morale, j'ai une certaine connaissance de la vie, des choses, j'ai mes propres valeurs, et je transporte tout ça dans le moement ou je fais fonctionner ma caméra. Et c'est tout ça qui, réuni, fait que au final ce que je filme est en accord avec ce que je considère être la vérité de ce que je suis en train de filmer. (...)"
L'Heure Bleue (France Culture; Laure Adler; 53') 7 décembre 2017
(...) Pour moi faire du cinéma c'est un mode de vie, c'est quelque chose qui fait parti de ma vie. Et puis par l'intermédiaire du cinéma ça m'aide à voir les gens, à les comprendre, à comprendre leur vie. Je suis aussi tout simplement un travailleur du cinéma, c'est un métier." (...)
Jean Rouch (18 janvier 1976; INA) : "La caméra n'est pas un oeil, c'est un objectif. Là-dedans il y a toute une série d'intermédiaires. Ce sont des intermédiaires mensongers. Nous rétrécissons le temps, nous l'allongeons, nous choisissons un angle de prise de vue, nous déformons les personnages. Nous accélérons un mouvement, nous suivons ce mouvement, au détriment d'un autre mouvement. Donc il y a là tout un travail de mensonge. Ceci dit nous revendiquons quand même ce terme [Cinéma Vérité], en ce sens que pour moi, ce mensonge était plus réel que la vérité. Il y a un certain nombre de phénomènes, de faits humains qui nous entourent, de témoignages, qui ne peuvent être que des témoignages mensongers, qui sont ce que disent des gens dans un certain état, qu'ils ne diraient jamais autrement. Ce que je dis devant ce micro, je ne le dirais pas en face d'un pot de bière, simplement parce qu'il y a un micro. Et ce phénomène très étrange est une sorte de catalyseur qui pemet de révéler sans doute une partie fictive de chacun d'entre nous, et qui pour moi est la facette la plus réelle de l'individu."
Wang Bing : "La vérité au cinéma... je penses qu'à partir du moment où on prononce un mot, un terme, ça nous fait partir dans quelque chose de très abstrait. Bien sûr on peut dire qu'il n'y a pas de vérité au cinéma... Il y a beaucoup de théorie autour de ça. Les réalisateurs aiment beaucoup s'exprimer pour dire à quel point la vérité est impossible, qu'on ne peut pas l'atteindre par un travail d'un cinéaste. Bien sûr dans un certain sens il n'y a pas de vérité pure, parce qu'on est là avec cet outil caméra. Mais dans ma façon de travailler, en tout cas, moi, la façon dont j'entends les choses, je vois quelque chose, je suis animé par mon éthique, ma morale, j'ai une certaine connaissance de la vie, des choses, j'ai mes propres valeurs, et je transporte tout ça dans le moement ou je fais fonctionner ma caméra. Et c'est tout ça qui, réuni, fait que au final ce que je filme est en accord avec ce que je considère être la vérité de ce que je suis en train de filmer. (...)"
L'Heure Bleue (France Culture; Laure Adler; 53') 7 décembre 2017
Comments
(...) For me to do cinema is a way of life, it's something that is part of my life. And through cinema, it helps me to see people, understand them, understand their lives. I'm just a cinema worker, it's a trade. "
Chaque fois qu’on découvre un de vos films, on est stupéfait par l’intimité que vous arrivez à établir avec ceux que vous appelez vos personnages. Comment arrivez-vous à obtenir un tel naturel de leur part ? Ne craignez-vous pas parfois que la présence de votre caméra ne modifie, si peu que ce soit, leur comportement ?
Je dois avouer que c’est une question à laquelle je ne pense pas, ou pour mieux dire : c’est une question à laquelle je refuse de penser. À force, je finis par trouver disproportionné, voire indécent, le temps que les cinéastes et les critiques consacrent à s’interroger sur l’authenticité, la vérité ou l’absence de vérité du cinéma. C’est un problème qu’on ne cesse de ressasser et qui continue à faire couler beaucoup d’encre… Quant à moi, je considère que c’est une perte de temps !
J’estime qu’il est impossible, quand une caméra survient dans un endroit, qu’elle vienne modifier de quelque façon que ce soit la vérité d’une scène ou d’un individu. Mon attitude est de ne jamais remettre en question un seul instant ce que me montrent ceux que je filme. Dès qu’une personne ordinaire entre dans le champ de la caméra, c’est comme si, par le biais de la sincérité de cette personne, une histoire se mettait en branle. Il n’y a aucune raison à mon sens de soupçonner ce qui se passe devant la caméra d’être autre chose que la stricte vérité.
Je suis toujours passionné par ce que montre quelqu’un, par la façon dont une personne s’exprime, se comporte, etc. Je veux donc montrer les gens de la manière le plus concrète qu’il est possible : plus c’est concret, plus ça m’intéresse. Et de plus en plus dans mon travail. La sincérité d’une personne – sa vitalité, son existence, la révélation progressive de son histoire… – apporte au cinéma une puissance émotionnelle énorme. Cette puissance me passionne. Si l’on ne fait pas une confiance absolue en la caméra et en ce qui se passe devant elle, alors on peut aussi bien considérer qu’il n’y a aucune raison pour qu’existe ce qu’on appelle le cinéma.
Link to the article: https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/211117/avec-wang-bing-dans-les-ateliers-de-confection-de-shanghai?onglet=full
Je crois qu'il a raison en ce qui concerne son cinéma. C'est un truc très européen (ou français) que de théoriser sur la vérité. Mais les frères Lumières se contentaient de saisir le réel.
Je pense qu'en Chine (et en particulier les provinces rurales reculées), les gens ne sont pas encore cyniques ou corrompus par l'image du cinéma. Donc Wang Bing à raison de ne pas se poser de question. Ses personnages ne jouent pas un rôle "pour passer au cinéma". La plupart n'ont jamais vu un film au cinéma de leur vie.
On est loin de la TV réalité ou du personnage de Close Up de Kiarostami, qui se donne un rôle devant la caméra.
Quand on voit ses films (de Wang Bing), on ne devrait pas se poser la question de la vérité... le temps long, la distance, l'immersion garantissent un réel où l'on ne peut pas tricher.
C'est du Cinéma Contemplatif (2000s) après tout, et pas du Cinéma Vérité (60ies)!
Jean Rouch, l'Homme-Cinéma: "Ingénieur, ethnographe, cinéaste, il était avant tout un artiste" (04/11/2017) emission Plan Large (France Culture) 1h
"Plan large sur Jean Rouch, l'Homme-Cinéma, cinéaste ethnographe, explorateur et pionnier du cinéma direct avec Alain Carou, Andrea Paganini, Jean-Paul Colleyn et Mathieu Macheret."