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Friday, September 14, 2012

Plotin (France Culture)

Les Ennéades de Plotin
(Adèle Van Reeth; Les nouveaux chemins de la connaissance; France Culture; 10-14 Sept 2012)

Ce voyage intérieur de l’âme qui sort de son corps pour atteindre le divin, c’est celui d’un philosophe né en Egypte au début du troisième siècle, dont la culture est essentiellement grecque et qui porte un nom latin, Plotin. Plotin fait partie de ceux que l’on nomme les néo-platoniciens, ceux qui, longtemps après la mort de Socrate, ont donné un nouvel élan aux dialogues de Platon, en sachant, pour le meilleur, prendre leur distance avec la pensée de leur maître. En commentant Platon, Plotin insuffle du mouvement dans les formes, met en branle les idées et estompe la séparation nette entre l’intelligible et le sensible, entre l’âme et le corps, entre le principe, et la matière.
D’un regard, Plotin dépasse le dualisme et touche le point le plus difficile d’accès, le plus éloigné de nous, le plus ardu à saisir par la pensée  qui pourtant le recherche tant. Ce point porte un nom : la simplicité. Et comme elle est à l’origine de tout, Plotin la nomme, tout simplement, l’Un. L’un est l’ineffable simplicité, ce dont on ne peut rien dire, ce à quoi on ne peut rien attribuer sans le dénaturer. Comment fonder une philosophie sur ce dont on ne peut parler ? et comment l’Un, s’il est absolument simple, peut-il engendre les âmes, le monde, la matière, le multiple, tout en restant Un ?
Plotin et les mystères de l’Un, c’est ce que nous allons explorer cette semaine.
C’est Luc Brisson, à qui l’on doit la réédition de la totalité des Ennéades de Plotin en Garnier-Flammarion, qui vient poser la première touche sur le tableau de l’univers de Plotin.
1. Au commencement était l'Un (10 Sept 2012) [MP3] 58'
avec: Luc Brisson, directeur de recherches au CNRS, spécialiste de Platon et de Plotin

Bibliographie :
  • Porphyre, Sur la vie de Plotin p.307-308 traduit par Luc Brisson
  • Plotin, Traité 9 p.80 traduit par Francesco Fronterrota.
  • Plotin, Traité 10 p.166 traduit par Francesco Fronterrota
  • Plotin, Traités, Volume 3, 22-26 
  • Plotin ou la simplicité du regard (Pierre Hadot)
  • La métaphysique de Plotin. Suivi de Henôsis et Ereignis : remarques sur une interprétation heideggérienne de l'un plotinien (Jean-Marc Narbonne)
  • Le vocabulaire de Plotin (Agnès Pigler)
  • Du beau : Ennéades I, 6 et V, 8 (Plotin)
  • Plotin : une introduction aux Ennéades (Dominic O'Meara)
  • Les dieux ne sont jamais loin (Lucien Jerphagnon)

* * *

Lire Plotin, c’est comme regarder le monde à l’aide d’un miroir, non pas pour s’y contempler,  mais pour observer ce qu’il reste du moi dans le reflet de l’univers. Le reflet est une image, et en cela, il est un mode d’existence de ce qui ne peut être vu directement, il est un indicateur de l’état dans lequel se trouve ce que l’on ne peut regarder. Regarder le monde et le moi à partir de leur reflet, c’est faire de l’image, donc du sensible, un point d’accès nécessaire à ce qui le dépasse, à ce qui n’est accessible à l’âme que lorsqu’elle choisit de se tourner vers l’intellect. A l’inverse, si la conscience est comme un miroir brisé, parce que l’harmonie du corps est troublée, alors la raison et l’esprit échappent au regard sans reflet. Sur le miroir, l’âme rebondit sur son propre reflet en direction de l’esprit, mais si le miroir n’est pas là, ou s’il n’est pas dans l’état voulu pour réfléchir ces images, alors, comment situer l’âme ? L’âme existe-t-elle indépendamment du reflet dans lequel elle se mire ? En d’autres termes, l’âme existe-t-elle en dehors du sensible, et donc du corps ? Si oui,  alors, pourquoi choisit-elle de s’incarner, d’alourdir son élan dans la matière qui l’éloigne du principe premier ? Et comment comprendre cette alliance indescriptible et sans cesse mouvante entre l’âme et le corps qu’on appelle le moi?
2.  Où vont les Ames ?  (11 Sept 2012) [MP3] 58' 
avec Gwenaëlle Aubry, agrégée et docteur en philosophie, enseignante à l'Université Paris-IV

Bibliographie : 
  • Plotin, Ennéades, traité 6 (IV,8) Sur la descente de l'âme vers les corps (traduction de Pierre Hadot) p.28-29
  • Plotin,  Ennéades, traité 22 (VI,4) Sur la raison pour laquelle l'être, un et identique, est partout tout entier (traduction de Pierre Hadot) p.33-34
  • Plotin, Ennéades traité 53 traduction de Gwenaëlle Aubry 
  • Plotin, Ennéades traité 27, traduction de Luc Brisson
  • Les écrits de Plotin - Volume 4, Traité 53: I, 1 (Plotin)
  • Dieu sans la puissance Dunamis et Energeia chez Aristote et Plotin (Gwenaëlle Aubry; 2007)
  • Le moi et l'intériorité (Frédérique Ildefonse, Gwenaëlle Aubry; 2008)

* * *

Mais qu’est-ce que la beauté ? Si elle est harmonie, juste proportion entre des parties d’un visage ou d’un tableau, si  la beauté est un ensemble, alors rien de simple ne sera beau. Or la beauté nous trouble d’autant plus qu’elle ne se réduit pas à une proportion entre des éléments, à une mise en rapport, mais qu’elle peut être expérience, rencontre étourdissante lorsque le regard croise une certaine qualité de lumière, le scintillement de l’or, une mélodie qui interpelle. Mais si la beauté n’était qu’expérience, alors nous ne pourrions rien en dire, l’expérience du beau se réduirait à la description de l’état dans lequel nous sommes au contact du beau et le sujet du discours, ce serait nous-mêmes, non la beauté.
Mais parler du beau sans s’en référer aux expériences que nous en faisons implique l’existence d’un beau en soi, d’une idée antérieure et indépendante du choc sensible que nous nommons beauté. La beauté ne serait pas un supplément d’être et de réalité, mais une idée qui affecte les choses, qui fait, littéralement, les choses belles en les habitants. Mais pourquoi alors certaines choses sont-elles belles et d’autres laides ? Et pourquoi un même visage peut-il apparaître tantôt sublime, tantôt insignifiant ? Comment la permanence d’une idée peut-elle s’accommoder de l’instabilité du sensible ? et comme l’homme peut-il lui-même, en tant qu’artiste, faire advenir de la beauté dans les choses ?
3. Narcisse et le problème du beau (12 Sept 2012) [MP3] 58'
Avec : Jean-Michel Charrue, traducteur, spécialiste de Plotin

Bibliographie : 
  • Plotin, Les Ennéades, Traité 20 (I,3), p.476
  • Plotin, Les Ennéades, Traité 31 (V,8) p.90
  • Plotin, Les Ennéades, Traité (I,6), p 72
  • De l'être et du monde : Ammonius, Plotin, Proclus (Jean-Michel Charrue; 2010)
  • Illusion de la dialectique et dialectique de l'illusion : Platon et Plotin (Jean-Michel Charrue)
  • Plotin, lecteur de Platon (Jean-Michel Charrue; 1987)
  • Les dieux ne sont jamais loin (Lucien Jerphagnon) 

* * *

La mise en œuvre de la liberté dans un univers qui se génère lui-même de manière nécessaire que nous allons prolonger notre discussion autour des Ennéades de Plotin.
 Car y a-t-il un sens à parler de liberté dès lors que l’homme est le résultat d’un processus nécessaire de génération du vivant ? De même, si le principe premier à partir duquel tout se crée, l’Un, est synonyme de Bien, on peut certes considérer ce qui émane de lui comme étant le fruit d’une générosité initiale, mais alors comment rendre compte de l’existence du mal dans la vie humaine ? En clair, comment l’homme, s’il est crée nécessairement et à partir du Bien, peut-il être libre, et faire le mal ?
4. Où est le mal ? (13 Sept 2012) [MP3] 58'
Avec : Laurent Lavaud, maître de conférences en philosophie à l'Université Paris I Panthéon Sorbonne

Bibliographie : 
  • Plotin, Les Ennéades traité 51 (I,8), Que sont les maux et d'où viennent-ils? chapitre 5, p.46 
  • Plotin, Les Ennéades traité 39 (VI,8), Sur le volontaire et la volonté de l'Un chapitre 6, p.212
  • Plotin, Les Ennéades traité 6
  • D'une métaphysique à l'autre : Figures de l'altérité dans la philosophie de Plotin (Vrin, 2008) 
  • Plotin, Les Ennéades  Traités 51 à 54 - Porphyre - Vie de Platon
  • Plotin, Les Ennéades  Traités 22 à 26



Voir aussi : 
  • Enneads” (Plotinus; AD 270) 3rd Ennead, 6-9 tractates (on contemplation)

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