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Thursday, December 09, 2010

Mal-être et longueur (Li HongQi)

Han Jia / Winter Vacation
(Locarno, Léopard d'Or 2010)
Laure Adler : C'est un film tourné par un jeune homme chinois, qui se déroule en Chine, dans n'importe quel bourgade de Chine, pauvre et déshéritée, où des jeunes gens s'ennuient. D'où le titre : Winter Vacation. Ce sont les vacances d'hiver et ils ne savent que faire de leur propre existence, si ce n'est se réunir là où ils peuvent, c'est à dire dans la neige, devant des parkings, devant des immeubles. c'est un film qui parle d'une jeunesse qui est à la fois très inquiète de son avenir, et en même temps qui a encore conservé l'espoir, de pouvoir vivre comme elle l'entend.

Li HongQi : Je ne choisirais pas d'employer le mot "espoir". Pour revenir à mon film et au lieu de tournage, que ça soit au niveau même de l'expression de ces jeunes, de l'expression des adultes, la façon de s'exprimer des tout-petits enfants aussi, y compris le lieu, l'espace, c'est un peu comme une scène de théâtre. C'est complètement à l'opposé de la réalité. Ça a un côté étrange et c'est ce qui m'a attiré dans ce choix de ma façon de travailler pour ce film. Pour moi non seulement je considère qu'un tel endroit, et tout ce qu'on voit à l'écran, n'existe pas dans la réalité, ni en Chine, ni ailleurs dans le monde. Et pourtant, pour moi, ça représente ma vision de l'humanité. Je pense que l'être humain a toujours besoin de s'appuyer sur l'espoir, la liberté, l'amour, la sexualité pour essayer de compenser avec tout le mal-être, toute la difficulté à exister. Et tout ça finalement  sert à se rassurer soi-même. Et l'exigence que j'ai envers moi, c'est justement de ne jamais aller vers quelque chose qui servirait à me rassurer, pour pouvoir avancer dans la vie.
Pour moi le monde est un peu comme une métaphore. Et je pense que personne n'a jamais su ce que nous sommes en train de faire et où nous allons. Personne n'a de réponse à cela et pourtant nous continuons tous à faire notre maximum pour vivre.

[..]

Laure Adler : Il faut aussi parler de vos plans fixes. Parce que vous avez un art particulier de nous permettre, à nous spectateurs, de voir le ballet des gens dans un espace donné. A partir de quel dispositif avez-vous décidé de cette lenteur assumée du film, qui fait philosophie?

Li HongQi : Dans ma façon de travailler, avant le début du tournage, j'ai déjà passé beaucoup de temps à l'écriture du scénario, à l'écriture des dialogues et aux repérages. Une fois que je commence à tourner, par contre, là je ne touche plus rien à la narration que j'ai établi en amont, plus rien aux dialogues que j'ai écrits et je me concentre uniquement sur les réactions des acteurs et ce qui se passe entre les acteurs et l'espace. Donc à partir de ce moment-là je peux me concentrer sur le rythme, avoir une exigence très millimétrée quant à la longueur, y compris la longueur des silences quand les personnages sont silencieux. Et donc, à partir du moment où je tourne, ce sont uniquement des ajustement au niveau rythmique que je vais faire, en fonction de ce que je ressens, de ce qui se passe entre les acteurs et l'espace dans lequel je les ai installés.
Hors Champ, interview avec Laure Adler, France Culture, 8 Déc 2010. MP3 44'42" 


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