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Tuesday, April 22, 2008

Yumurta dans Le Monde

Jean-Luc Douin écrit dans Le Monde, aujourd'hui, 22 avril 2008, à propos du film contemplatif Yumurta de Semih Kaplanoglu.

extraits:
Il y a d'abord ce plan d'une vieille femme qui marche dans une brume de campagne, sur fond sonore d'aboiements de chien, de chants d'oiseau. Elle sort du champ, définitivement. Et voilà maintenant Yusuf, libraire à Istanbul, poète. Voilà des informations distillées au fil d'images apparemment anodines, mais qui recèlent un sens caché : la voiture de Yusuf dans un long tunnel qui débouche sur la lumière, Yusuf assis près d'un corps recouvert d'un linceul, Yusuf devant une tombe et suivi comme son ombre par un petit garçon, Yusuf couché dans une forêt et réveillé par une nuée d'oiseaux.

Bel exposé, au lyrisme discret et aux visions psychanalytiques, de ce que vient de vivre le héros, la mort de sa mère, son enterrement dans le village natal de Yusuf, un défilé d'émotions, chaos de sensations, qui le ramènent à sa petite enfance, remontent le temps, mélangent vie et songes.

(...)

UN ÉTRANGE COMA

Humblement, comme dans un film d'Ozu ou de Satyajit Ray, Yumurta égrène de petits gestes anodins et isole des objets qui ont valeur de symbole. Une fleur plantée dans un pot un jour d'enterrement, un bol de lait, une brosse à dents, un pilier de bois en forme de crucifix, un puits envahi d'herbes, cet oeuf qui donne son titre au film et dont on guette l'apparition, signe du lien avec la mère, tardivement assumé.

La nuque d'Ayla brûlant des feuilles mortes, une couleur de tricot, une panne d'électricité, un chant du coq : Semih Kaplanoglu ne cesse d'égrener des symptômes, de faire parler l'inconscient par le déroulement des gestes quotidiens, le départ sans cesse différé de Yusuf, le taciturne. Le cinéaste compose des cadres amples, des plans rigoureux, un rythme lent et harmonieux, pour épier ce qu'il y a d'admirable chez un homme ou une femme : la dignité, la fidélité, la grandeur d'âme, le regard, la patience, le doute et le tourment aussi.

(...)

Semih Kaplanoglu maîtrise parfaitement son style élégiaque, limpide et poétique, ténébreux et radieux. Dans l'ombre de Nuri Bilge Ceylan, la Turquie vient de se découvrir un grand cinéaste.

2 comments:

celinejulie said...

Thank you very much. I'm very glad that this film got a good review.

HarryTuttle said...

I'm so glad you got to see this film, and liked it. Thanks for posting an English translation on your blog too.