Le brame du cerf (SlowTV) entretien Eden production
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UNSPOKEN CINEMA : Bonjour, merci d’accepter de répondre à ces quelques questions. Votre société Eden a produit un nombre significatif de programmes de Slow TV, quelle a été votre inspiration pour choisir ce format ? Et quelle est votre philosophie d’une télévision contemplative ?
Hadrien Roux (Eden. Production) : La créativité fait vraiment partie de l’ADN d’Eden. On aime chercher de nouvelles façons de raconter des histoires et sortir des formats plus classiques de la télévision.
La Slow TV nous permet justement d’explorer ça. C’est une autre manière de raconter : on prend le temps, on laisse de la place aux images, aux sons et aux émotions. On ne cherche pas forcément à tout expliquer ou à aller toujours plus vite.
C’est aussi une façon pour nous de chercher de nouveaux talents et de travailler avec des profils qui ont un regard différent. La télévision contemplative nous inspire parce qu’elle propose une expérience différente au spectateur. Dans un monde où tout va très vite, on peut aussi proposer un moment où l’on s’arrête simplement pour regarder et écouter.
UNSPOKEN CINEMA : Vous avez produit avec France 4, Tokyo Reverse (2014), neuf heures d’une déambulation à reculons dans les rues de Tokyo, diffusée à l’envers. Et Slow Moscou (2015), deux danseurs au ralenti pendant six heures. Sur YouTube, des formats comparables rencontrent un public énorme : promenade ininterrompue pendant plus d’une heure en ville ou à la campagne (à Séoul : Seoul Walker ; au Japon : 4K Japan). Ne pensez-vous pas que les paysages français, urbains ou ruraux, se prêtent à ce genre d’exercice ? Le public français en serait friand, n'est-ce pas ? Et pensez-vous qu'il existe un public international pour un "Paris Walker" ou un “Mont Blanc Walker” ?
Hadrien Roux (Eden. Production) : Je dois avouer que je ne connaissais pas les formats auxquels vous faites référence, comme Seoul Walker ou 4K Japan. Mais je trouve l’idée très intéressante, parce que les formats autour de la marche et du voyage à pied fonctionnent très bien.
C’est une idée que l’on explore aussi chez Eden avec 6 kilomètres, que nous produisons pour La 1ère de France Télévisions. 6 kilomètres est un format tourné en plan-séquence, entièrement réalisé par un drone, dans les territoires d’Outre-mer.
Trois jeunes d’un même territoire, qui ne se connaissent pas, partent marcher ensemble, le temps de parcourir 6 kilomètres.
Pendant cette marche, ils parlent de leur vie, de l’amour, de la jeunesse, du sexe, du travail... La marche permet finalement de créer un espace de discussion très naturel, tout en faisant découvrir un territoire.
Nous avons déjà tourné des épisodes en Nouvelle-Calédonie et à Mayotte, et nous préparons actuellement un épisode en Guyane.
Les paysages urbains comme ruraux, se prêtent parfaitement à ce type de formats. Il y a une vraie envie aujourd’hui de découvrir des territoires autrement, en prenant son temps. Et peut être que certains de ces paysages peuvent aussi toucher un public international, parfois simplement par la force des images, sans avoir besoin de beaucoup de commentaires.
UNSPOKEN CINEMA : La chaîne Arte a diffusé en 2009 : 24H Berlin, 23 personnes suivies pendant 24h dans 23 quartiers de la capitale allemande. Le SAMU social avait diffusé en ligne, en 2010, Dans la peau d’un sans-abris, les vingt-quatre heures de quatre personnes à la rue filmées avec des lunettes-caméra. De tels projets — immersifs, ancrés dans le réel social — vous semblent-ils encore envisageables dans le paysage audiovisuel français d'aujourd'hui ? Logistics (2012) est un documentaire de 857 h de l’odyssée d’un podomètre, à l’envers. Est-ce que cette originalité est encore réalisable pour la Slow TV française ?
Hadrien Roux (Eden. Production) : Oui, l’originalité est toujours possible. Quand on regarde les différents programmes de slow TV que nous avons produits chez Eden, on voit qu’il peut y avoir des formes très différentes.
Tokyo Reverse était une expérience urbaine, Slow Moscou jouait avec le mouvement et le temps, 6 kilomètres utilise la marche pour raconter à la fois des rencontres et un territoire. Avec Le Brame du cerf ou Les Grandes Marées du Mont-Saint-Michel, nous sommes dans des slow tv naturaliste avec l’observation de phénomènes naturels et du vivant.
Aujourd’hui, nous avons envie de continuer à développer ce genre. Pourquoi ne pas revisiter un grand classique de la Slow TV comme le feu de cheminée ? Mais nous réfléchissons aussi à des formes plus hybrides, à la frontière entre la Slow TV naturaliste et la fiction par exemple.
UNSPOKEN CINEMA : Avez-vous reçu des témoignages de spectateurs sur la façon dont ils regardent vos programmes — en arrière-plan sonore, en famille silencieuse, comme aide à l'endormissement ? Et avez-vous été surpris par la diversité du public touché, ou existe-t-il un profil type du spectateur de Slow TV en France ?
Hadrien Roux (Eden. Production) : Oui, nous avons reçu beaucoup de témoignages après la diffusion du Brame du cerf, et ce qui nous a le plus surpris, c’est justement la diversité des façons dont les gens regardent le programme.
Certaines familles nous ont raconté l’avoir regardé ensemble. C’était une manière pour les parents de montrer la forêt à leurs enfants, de leur expliquer ce qu’ils voyaient et de partager ce moment avec eux.
D’autres le mettaient en fond pendant qu’ils travaillaient, un peu comme une fenêtre ouverte sur la forêt, avec les images et les sons qui accompagnent leur journée.
Et puis, à l’inverse, certaines personnes nous ont dit avoir été complètement captivées. Elles n’arrivaient pas à décrocher, attentives au moindre bruit et attendant l’apparition d’un animal.
Et oui, d’autres nous ont aussi avoué s’être endormies devant, bercées par les sons de la forêt !
Finalement, il n’existe pas de profil type du spectateur de Slow TV. C’est peut-être justement ce qui est intéressant : chacun peut s’approprier le programme à sa manière et en faire une expérience très personnelle.
UNSPOKEN CINEMA : Les pics d'audience se produisent-ils à des moments particuliers de la journée ou de la semaine — tard le soir, le week-end — comme si les spectateurs cherchaient à décompresser à des instants précis ?
Hadrien Roux (Eden. Production) : Je n’ai pas d’informations suffisamment précises sur les pics d’audience selon les moments de la journée ou de la semaine pour pouvoir vous répondre précisément sur ce point.
En revanche, les nombreux témoignages que nous avons reçus montrent que Le Brame du cerf a été regardé à des moments et de façons très différents. Certains spectateurs le regardaient vraiment comme un rendez-vous, d’autres le laissaient vivre plusieurs heures en arrière-plan.
C’est aussi ce qui est intéressant avec ce type de programme : il peut s’adapter assez facilement aux usages et au rythme de chacun.
UNSPOKEN CINEMA : L’université de Berkeley a archivé en ligne des séries de 24h de la vie d’une personne issue de pays différents : le Global Lives Project (2004-2010). Les archives intégrales du périple Hurtigruten seront disponibles sur le site web de la NRK pour toujours (car elles font partie des documents du patrimoine UNESCO). Seriez-vous favorable à une politique d'archivage similaire en France pour vos programmes de Slow TV, qui constituent en quelque sorte des documents vivants sur des territoires et des traditions en mutation ?
Hadrien Roux (Eden. Production) : Oui, ce serait intéressant de réfléchir à la conservation de ces programmes.
On a déjà pu constater que certains de nos films avaient une vie après leur diffusion. Tokyo Reverse, par exemple, a suscité l’intérêt de festivals et de galeries d’art, qui nous ont demandé la possibilité de le diffuser.
C’est intéressant, parce que ces programmes ne sont pas forcément liés uniquement à leur première diffusion. Avec le temps, ils peuvent prendre une autre dimension.
Pour des programmes comme Le Brame du cerf, qui montrent un territoire, une forêt, des paysages, il peut aussi y avoir un vrai intérêt à les conserver. Dans plusieurs années, ces images pourront peut-être être regardées différemment et devenir un témoignage d’une époque ou d’un territoire qui aura évolué.
UNSPOKEN CINEMA : Merci pour cet entretien très intéressant. Bon courage pour la diffusion du Brame du cerf encore jusqu'au lundi 28 septembre minuit.
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| Photo © Eden |
Le brame du cerf saison 2
Du lundi 7 septembre 18h au lundi 28 septembre minuit. Live sur France.tv / ICI paris Ile de France / YouTube / TikTok. Replay sur France.tv / YouTube
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