Béla TARR (revue de presse 2026)

Aujourd'hui 6 février 2026, jour des funérailles de Béla TARR, génie du Cinéma Contemplatif, à Budapest, un hommage dans la presse française : 


"[..] Parler de salut de l’humanité ou de résistance paraît trop lourd, trop chargé pour désigner avec justesse leurs comportements : ils ne projettent rien vers l’avenir, ne portent aucune utopie, mais persistent à accomplir une action simple, minimale. Et pourtant, c’est peut-être bien à travers ces gestes que subsiste pour eux une dernière forme de dignité possible, alors qu’advient la fin des temps."

Robin Vaz ; Béla Tarr, le brouillard a envahi ton âme. Ciao Béla. (in Critikat)


"[..] Dans le documentaire Tarr Béla : I Used to be a Filmmaker de Jean-Marc Lamoure, on voit notamment le cinéaste sur le tournage en train de préparer un plan sur la carriole qui passe au loin, sur la crête d’une colline. Pour obtenir son cadre, Tarr demande à des membres de son équipe de creuser un trou : « C’est mon dernier film, j’enterre la caméra ! ». Nous voici donc au ras-du-sol, avec des hautes herbes en amorce et des feuilles mortes qui traversent l’image comme de la cendre. Le film le plus radical de Béla Tarr est un film de désespoir et de désolation, le dernier combat d’un artiste qui renonce ensuite à créer.[..]"

Marin Gérard ; Premier contact (Le Cheval de Turin) (in Critikat)


"[..] Loin de la caricature austère à laquelle on l’a souvent réduite, les longs plans-séquences en noir et blanc caractéristiques du cinéaste ménagent en vérité beaucoup de surprises : la caméra, par une sorte de déambulation continue entre les murs, les fenêtres ou les miroirs, organise le surgissement de personnages, d’objets ou de micro-événements. [..]"

Lucas Mongai ; La pluie, l’étang et le chien errant (Damnation) (in Critikat)


"[..] La beauté des Harmonies, et par extension des plus grands films de Béla Tarr, vient ainsi de cette manière constante de susciter des affects démesurés pour des phénomènes que l’on comprend sans vraiment les comprendre, que l’on peut décrire sans se résoudre à tout à fait les expliquer ; pour des événements que l’on sait instinctivement sublimes ou terribles sans parvenir à en fixer la signification. Le miroir crépusculaire tendu par le film nous saisit encore davantage vingt-cinq ans après sa sortie, en ces temps troublés où les ténèbres totalitaires se font chaque jour un peu plus écrasantes."

Alexandre Moussa ; Mystère des phénomènes, puissance des affects (Les Harmonies Werckmeister) (in Critikat)


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"Le terme « génie » peut bien sembler galvaudé, on n’en trouve pas d’autre à l’heure de parler de Béla Tarr, le plus grand cinéaste hongrois de sa génération, mort mardi 6 janvier des suites d’une longue maladie, à l’âge de 70 ans. Artiste discret et mélancolique, réputé austère mais adulé comme une rock star par l’avant-garde cinéphile, il fut un homme de peu de films (une dizaine en trente ans), des œuvres sculptées dans la glaise d’un formalisme époustouflant. [..]"

Matthieu Macheret ; La mort de Béla Tarr, immense cinéaste hongrois, artiste discret et mélancolique (in Le Monde)


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"Pour celleux qui ont fait leurs études de cinéma dans les années 2000-2010, Béla Tarr incarnait le pinacle de la radicalité formelle au cinéma. Une sorte d’indépassable fait de copieux plans-séquences sophistiqués, d’un noir et blanc charbonneux, à l’intérieur desquels on touchait le vertige de l’éternité. 
Qu’on s’y ennuie ferme ou qu’on y atteigne une sorte de transe scopique, qu’il fasse l’objet de railleries ou d’une admiration sans borne, son cinéma de la durée aura marqué chaque spectateur·rices. Évidemment, la première qualité de son œuvre était l’extraordinaire densité de la contemplation que ses films proposaient. [..]"

Bruno Deruisseau ; Béla Tarr, maître du cinéma contemplatif, s’est éteint (in Les Inrockuptibles)


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