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Saturday, July 17, 2010

Boonmee contemplatif (Ganzo)

L'absolu
CANNES 2010 (6) : UNCLE BOONMEE WHO CAN RECALL HIS PAST LIVES
par Fernando Ganzo (traduction de Emilie Garcia); elumière, Juin 2010

extrait:
"Joe aborde le cinéma en privilégiant sa radicalité d’art de la durée, du temps, sa capacité à reproduire, à chaque plan, la nature de l’instant : le mystère, l’incertitude, la menace de ce qui est imminent, et qui prend corps dans le changement de plan, dans l’irruption de l’énigme. Procédés dont le réalisateur profite pour créer ce présent qui, dans le cinéma, peut être projeté avec une linéarité visuelle, alors qu’il nous permet de voyager d’une époque à une autre, à travers les temps, au niveau du récit. [..]

C’est à ce titre qu’il nous est permis de situer le film et l’œuvre de Weerasethakul dans les rangs du « cinéma contemplatif », caractérisé non seulement par une attente face à l’imminence de l’inconnu, mais également par la ferme croyance défendant l’idée selon laquelle le simple fait d’observer un arbre, un buffle, les doux rayons d’un soleil chatouillant des branchages, ou un brouillard se frayant un chemin entre deux monts, permet de rentrer en contact avec tout ce que l’univers contient de plus énigmatique.

Si la beauté entre en jeu dans la contemplation, le processus en question s’opère à des degrés distincts : elle peut d’abord entrer en jeu en tant que concept absolu, et il s’agirait alors d’une beauté entendue comme clé permettant d’établir un lien sublime entre notre être et ce que nous contemplons. [..]"


Spoiler alert : fantôme et mortel enlacés.

Wednesday, July 07, 2010

contemplation d'autrui et plénitude

« Voilà exactement ce que nous dit Plotin : toute chose se réjouit, toute chose se réjouit d'elle-même, et elle se réjouit d'elle-même parce qu'elle contemple l'autre. Vous voyez, non pas parce qu'elle se réjouit d'elle-même. Toute chose se réjouit parce qu'elle contemple l'autre. Toute chose est une contemplation, et c'est ça qui fait sa joie. C'est-à-dire que la joie c'est la contemplation remplie. Elle se réjouit d'elle-même à mesure que sa contemplation se remplit. Et bien entendu ce n'est pas elle qu'elle contemple. En contemplant l'autre chose, elle se remplit d'elle-même. La chose se remplit d'elle-même en contemplant l'autre chose. Et il dit : et non seulement les animaux, non seulement les âmes, vous et moi, nous sommes des contemplations remplies d'elles-mêmes. Nous sommes des petites joies. »
Gilles Deleuze, extrait du cours du 17 mars 1987 à l'université de Vincennes

Sunday, July 04, 2010

Paradigmes historiques du classicisme

Divergence Post-Renaissance des Arts picturaux en Orient (qui demeurent "primitif") et en Occident (qui deviennent "classique") :

1. Art Oriental 2. Art Occidental
Tragédie (scène)Représentation dramatique (drame)
2D (unité de ton)3D (relief, volume)
AnnalesHistoire
RécitRoman
SagessePsychologie
ContemplationActe (action)
DieuxHomme

Conscience de l'Autre

Besoin fanatique de l'Objet

in André Malraux, "Esquisse d'une psychologie du cinéma", 1945

Pour se libérer des instants de mort, le roman a la page blanche entre les parties, le théâtre l'entr'acte; le cinéma n'a pas grand chose.
Un professionel répondra qu'il se dispose de la division en séquences; que chaque séquence se termine par un fondu, et que le fondu suggère au spectateur le passage du temps. C'est vrai, mais d'une façon toute relative : il suggère le passage d'un temps dans lequel il ne s'est guère produit d'actes imprévisibles. Au contraire, du temps de l'entr'acte, qui peut être un temps meublé, celui du fondu permet mal l'allusion à ce qui l'a rempli, si ce qui l'a rempli implique la modification des personnages. [..]
La séquence est l'équivalent du chapitre. Le cinéma n'a pas cette division plus large qu'expriment les parties dans le roman et les actes dans le théâtre. Le muet connaissait les parties, le parlant ne les connaît plus, et les découpeurs rencontrent là un obstacle permanent; car le parlant ne veut pas de vides; et met la continuité du récit au premier plan de ses moyens d'action.
Parce qu'il est devenu récit; et que son véritable rival n'est plus le théatre, mais le roman.
André Malraux, "Esquisse d'une psychologie du cinéma", 1945

* * *

in Waldemar Deonna, "Primitivism and Classicism : The two faces of Art history", 1946 :

1. Primitivism2. Classicism
IrrationalismRationalism
RepetitionVariation
SacredProfane
DeificHumanistic
Intellectual realismOptical realism
2D vision3D vision
TraditionExperiment
AnonymityIndividualisation
(Transcendental Style)

cited by Paul Schrader (to fit TS under Primitivism, against Classicism), in "Transcendental Style in Film", 1972


* * *


CCC doesn't seem to fit in one or the other category... If I had to select each of these binaries, Contemplation would correspond to : Rationalism (Classic), Repetition (Primitif), Profane (Classic), Humanistic (Classic), Optical realism (Classic), 2D vision (Primitif), Tradition (Primitif), Anonymity (Primitif).



Voir aussi :

Friday, July 02, 2010

L'eau dormante (Bachelard)


"Pas de grande poésie non plus sans de grands intervales de détente et de lenteur. Pas de grands poèmes sans silence. L'eau est aussi un modèle de calme et de silence. L'eau dormante est silencieuse, mais dans des paysages de lacs de champs. Près d'elle la gravité poétique s'approfondit. L'eau vit comme un grand silence matérialisé. C'est auprès de la fontaine de Mélisande que Pelléas murmure. Il y a toujours un silence extraordinaire, on entendrait dormir l'eau. Il semble que pour bien comprendre le silence, notre âme ait besoin de voir quelque chose qui se taise. Pour être sure du repos, elle a besoin de sentir près d'elle un grand être naturel qui dorme."
Gaston Bachelard (L'eau et les rêves, 1942)

Blissfully Yours (Weerasethakul)


Syndromes and a Century (Weerasethakul)


El Cant dels Ocells (Serra)


Les Hommes (Ariane Michel)


Los Muertos (Lisandro Alonso)


Still Life (Jia Zhang-ke)


I Don't Want To Sleep Alone (Tsai Ming-liang)


Delta (Kornel Mundruczo)


A Scene At The Sea (Kitano Takeshi)


13 Lakes (James Benning)

Thursday, July 01, 2010

Une philosophie des silences et des timbres (Bachelard)

Gaston Bachelard musicien : une philosophie des silences et des timbres
Marie-Pierre Lassus, 2010

résumé:
"Si comme le pensait Nietzsche, «les hommes supérieurs se distinguent par le fait qu’ils entendent infiniment plus», Bachelard figure parmi ces esprits pour qui penser et sentir est une seule et même chose.
L’objectif de ce livre n’est pas tant de découvrir en ce philosophe un musicien que d’étudier les enjeux d’une phénoménologie de l’écoute dans l’expérience musicale qui permet de faire l’épreuve de soi, de « voir et entendre, ultra-voir et ultra-entendre, s’entendre voir et s’entendre écouter » (Bachelard). Cette conception est le fruit d’une activité créatrice intense, qui se déploie dans la musique de manière privilégiée et répond à une autre logique, fondée sur des critères éthiques et non forcément artistiques.
Porteuse d’intersubjectivité, cette « esthétique concrète » n’a qu’une seule exigence : le degré de vie de l’œuvre qu’il s’agit de transmettre. C’est dire la relation qu’a tout art avec la musique quand celle-ci est conçue comme un « jeu avec les forces », animé par un orchestre invisible, sis en chacun de nous. Cela renvoie au concept de « santé », appréhendé ici comme la capacité à « nourrir sa vie » et à l’entretenir grâce à l’exercice quotidien de la lecture active et de la pratique artistique. Il appartient au musicien qui « entend par l’imagination plus que par la perception » (Bachelard), de nous apprendre à sentir et à penser le monde, soumis aujourd’hui à une dé-perception au profit de la sensation qui conduit à une crise des modalités du lien."
écouter sur France Culture :