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Saturday, October 02, 2010

La lenteur (Kundera)


"La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme. contrairement au motocycliste, le coureur à pied est toujours présent dans son corps, obligé sans cesse de penser à ses ampoules, à son essoufflement, quand il court il sent son poids, son âge, conscient plus que jamais de lui-même et du temps de sa vie. tout change quand l'homme délègue la faculté de vitesse à une machine. Dès lors, son propre corps se trouve hors jeu et il s'adonne à une vitesse qui est incorporelle, immatérielle, vitesse pure, vitesse en elle-même, vitesse extase.
Curieuse alliance : la froide impersonnalité de la technique et de la flamme de l'extase. Je me rappelle cette Américaine qui, il y a trente ans, mine sévère et enthousiaste, sorte d'apparatchik de l'érotisme, m'a donné une leçon (glacialement théorique) sur la la libération sexuelle; le mot qui revenait le plus souvent dans son discours était le mot orgasme; j'ai compté : quarante-trois fois. Le culte de l'orgasme : l'utilitarisme puritain projeté dans la vie sexuelle; l'efficacité contre l'oisiveté; la réduction du coït à un obstacle qu'il faut dépasser le plus vite possible pour arriver à une explosion extatique, seul vrai but de l'amour et de l'univers.
Pourquoi le plaisir de la lenteur a-t-il disparu? Ah, où sont-ils, les flâneurs d'antan? Où sont-ils, ces héros fainéants des chansons populaires. Ces vagabonds qui trainent d'un moulin à l'autre et dorment à la belle étoile? Ont-ils disparus avec les chemins champêtres, avec les prairies et les clairières, avec la nature? Un proverbe tchèque définit leur douce oisiveté par une métaphore : ils contemplent les fenêtres du bon dieu. Celui qui contemple les fenêtres du bon Dieu ne s'ennuie pas; il est heureux. Dans notre monde, l'oisiveté s'est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désœuvré est frustré, s'ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque. [..]"

in La Lenteur, 1995, Milan Kundera
lire aussi:

Friday, October 01, 2010

Stasis films 2 (landscape)



Empire (1964/Andy Warhol/USA) 485'


Hukkle (2002/György Pálfi/Hungary) 78'


13 Lakes (2004/James Benning/USA) 135'


Ten skies (2004/James Benning/USA) 101'


Into Great Silence (2005/Gröning/Germany) 169'


Five dedicated to Ozu (2005/Abbas Kiarostami/Iran) 74'


Unser täglich Brot / Our Daily Bread (2005/Nikolaus Geyrhalter/Austria) 92'

Là-bas (2006/Chantal Akerman/Belgium/France) 78'


Les Hommes (2006/Ariane Michel/France) 95'

RR (2007/James Benning/USA) 111'

(video not available)
Ruhr (2009/James Benning/USA) 120'


Related:

Sunday, September 26, 2010

Flâneries urbaines sans parole

Cruise 2010 by 永川 優樹 EIKAWA Yuki (egawauemon; 36 videos)


Amalfi - Italy (28 April 2010) 15'27"
Walking in Tokyo by 永川 優樹 EIKAWA Yuki (egawauemon; 22 videos)
director : 永川 優樹 EIKAWA Yuki (born in Nagasaki in 1978)



EIKAWA Yuki released a Blu-ray/DVD (official website)
"Cruising 17 cities in ten countries, everyday people's lives from dawn to midnight are captured with one DSLR with handheld stabilizer. No narration or background music clutter this film - instead, natural sounds recorded in each locale present a true-to-life environment. Amazing perspective opens before your eyes, and the bustle of the cities fills the air. Now you can travel the world right from your armchair."

01. NEW YORK / USA 04:31
02. TOKYO / JAPAN 05:35
03. LONDON / UK 04:00
04. CHEFCHAOUEN / MOROCCO 05:08
05. AMALFI / ITALY 03:03
06. KYOTO / JAPAN 05:15
07. VARANASI / INDIA 03:50
08. CUZCO / PERU 04:26
09. VENICE / ITALY 04:03
10. OLD DELHI / INDIA 01:59
11. ISTANBUL / TURKEY 04:18
12. XITANG / CHINA 03:18
13. ROME / ITALY 03:18
14. SHANGHAI / CHINA 03:09
15. FES / MOROCCO 03:06
16. BANGKOK / THAI 03:07
17. UCHISAR / TURKEY 03:06
18. WORLD - CRUISE 28:07



Related :

Substance, absence (Balasubramaniam)


Alwar Balasubramaniam: Art of substance and absence (TED Talk India, Nov 2009) 16'51"
Alwar Balasubramaniam's sculpture plays with time, shape, shadow, perspective: four tricky sensations that can reveal -- or conceal -- what's really out there. At TEDIndia, the artist shows slides of his extraordinary installations.
Sculptor, painter and printmaker Alwar Balasubramaniam makes work that crosses the boundary between art, perception and life

Friday, September 24, 2010

Winter Vacation (Thirion)


Locarno #63. L’année 0.P. [= Olivier Père, nouveau directeur du festival]
Antoine Thirion, 31 août 2010, Independencia
"[..] Winter Vacation du Chinois Li Hongqi, Léopard d’Or 2010, a été présenté comme la « comédie la plus lente de l’histoire du cinéma ». [..]
Winter Vacation est hélas loin d’être à la hauteur de son accroche. Certes, il fait son petit effet. Question comédie et lenteur, il est plus proche d’Albert Serra que d’Elia Suleiman – donc pas encore daté. Des grappes de personnages se croisent dans des photos panoramiques, se tiennent en respect ou s'ennuient, s’insultent, se filent des baffes et semblent attendre qu’on veuille bien leur dire à quoi jouer, bref : slapstick chinois, comique de masques, direction ludique et volontairement indécise.
La structure du film est tout aussi élémentaire. Chaque séquence cible une génération : enfants, adolescents, oncles, parents, grand-parents ; la boucle est bouclée par d’insistantes scènes d’incommunicabilité entre les premiers et les derniers. Dans une salle tétanisée par le silence et l’immobilité, un visage frippé contre un autre poupon suffit à détendre. Li ne se prive pas d’exploiter jusqu’à la corde cet humour pince sans-rire.
Ces vacances sont celles du nouvel an chinois. Au loin, de nombreux pétards le laissent entendre. Les écoles et les usines sont fermées. On croit même percevoir un peu de bleu dans le ciel temporairement libéré des fumées industrielles. Le film profite de ce moment d’oisiveté pour enfiler une brochette de paradoxes : celle d’une classe moyenne dans un quartier de baraquements fantômes ; celle des nouvelles panoplies occidentales dans les ruines du collectivisme.
La surprise initiale cache un terrible conformisme. Quelques brusques écarts dans une programmative lenteur ciblent le problème : ce rythme devrait en lui-même servir d’argument comique. On y est et on s’en moque, confortablement vautré au milieu du gué. La lenteur devient un simple boulon comique, voire pire, un objet de dérision. De comédie lente à comédie sur la lenteur il n’y a qu’un pas, et deux pour mener à une comédie sur le cinéma lent – la dernière chose qu’on ait envie de voir. D’une part on manque d’humour, mais on a surtout d’autres choses à faire. Aller par exemple voir Pig Iron de Benning - court réalisé dans la région de Duisburg, en même temps que Ruhr, pour les besoins des commandes annuelles du festival coréen de Jeonju – et voir si ce n’est déjà fait que la lenteur est une affirmation fertile et émancipatrice pour le spectateur et pour le cinéma ; pas la posture bourgeoise que quelques nouveaux démagogues font mine de combattre."