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Saturday, November 13, 2010

Nuit noire sur l'écran de cinéma

Uncle Boonmee (2010/Weerasethakul/Thailand) avant que Tong n'éteigne la lumière afin que les fantômes voient mieux

Semih Kaplanoglu éteint aussi la lumière dans Bal (2010), lorsque Yusuf se retrouve seul avec sa mère dans la cuisine, un autre repas sans son père. Yusuf s'amuse avec l'interrupteur électrique, pour agacer sa mère, rejouant le stade infantile de la disparition-apparition.


Il n'y a point de réponse à trouver sur l'écran. On peut bien éteindre l'écran, et le film continue. Le spectateur doit se fier à ses sens, ressentir l'expérience du film, même privé des indices visuels. Les personnages à l'écran sont toujours là, même si on ne les voit plus, ils sont présent dans la pièce, avec nous dans la nuit. Pousser la tolérance du spectateur à ses limites. On vient pour voir la lumière à l'écran et ces cinéastes nous plongent dans l'obscurité la plus totale.
C'est évidemment un geste provocateur de la part de ces cinéastes. Une façon de manifester leur confiance aveugle dans une contemplation dans la longueur, dans l'étendue du temps. Comme l'absence d'un hors-champ à l'intérieur du champ; un "hors-lumière" qui demeure diégétique. Le règne des spotlights sur le plateau est appelé à déchanter.

Apichatpong Weerasethakul (Cahiers du cinéma, n° 659, Sept 2010) : "L'écran, c'est un peu mes yeux, ma fenêtre... En fait, je ne suis pas très heureux avec la notion d'écran. C'est pourquoi j'ai essayé d'expérimenter d'autres formats avec mes installations. L'écran, le cadre, c'est aussi une limite. C'est pour cela que je me concentre beaucoup sur le son, qui se répand partout, sans limite. Parfois l'image se continue par le son. J'aimerais que l'on ressente devant mes films qu'il n'y a pas uniquement ce qui apparait à l'écran. Il y a plus, il y a d'autres choses, en dehors de l'écran, qui appartiennent au film. J'essaie de faire passer en images ce que j'éprouve sur le tournage, mais ce que je vois avec mes yeux ou ce que je ressens est trop grand pour être contenu sur un écran avec des bords. Le son permet de faire sentir cela, et de faire perdre la conscience et la sensation de l'écran au public." 

Uncle Boonmee. Jen s'isole dans la nuit, à l'écart du dîner avec les fantômes.
La nuit nous ôte notre preuve, nous ne savons plus où nous sommes. Nous sommes réduits à nous-même. Notre vision n'a plus pour limite le visible, mais l'invisible pour cachot, immédiat, indifférent, compact. Si la nuit occlut notre œil, c'est afin que nous écoutions plus.

"La lampe et la poche", Paul Claudel, in Connaissances de l'est, 1973.

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Sunday, October 24, 2010

Kaplanoglu, Rimbaud, Zen

Semih Kaplanoglu : Pour Miel, j’avais besoin d’une forêt sauvage avec une production artisanale très développée, qui renvoie au début de l’humanité. Il y a des constantes, comme la campagne que j’aime, dont je m’inspire et où je me sens heureux. Je peux passer plusieurs jours dans une forêt sans avoir besoin de personne ni de rien.
Je connais bien la forêt tant sur le plan visuel que sonore. Nous y sommes restés deux nuits avec l’ingénieur du son. Il m’a alors dit que c’était la première fois qu’il entendait les vrais sons des oiseaux. Ils passaient au-dessus de nos têtes malgré la hauteur des arbres. [..]
La vie en Turquie est essentiellement rurale, et c’est la nourriture de mes films. Je suis arrivé au cinéma grâce aux poètes turcs, à Rimbaud – j’ai lu sa biographie contant ses problèmes avec sa mère et je sais qu’il faisait de très grandes promenades dans la nature et allait de Charleville à Paris à pied – et aux poètes japonais. Bashô a écrit le récit d’un voyage de trois ans dans lequel il décrit la nature, les saisons. Avec une sérénité extraordinaire.
Q: Quel est le rapport entre les poésies japonaise et turque ?
Semih Kaplanoglu : Le zen. Notre pays est laïc, mais cela ne doit pas annihiler le passé et les rituels religieux. Je redécouvre actuellement notre culture soufi à travers le silence. Et grâce à René Guénon, je peux m’en nourrir. Ainsi, je comprends mieux les Japonais, les Indiens et certaines cultures d’Afrique du Nord, et je pense que nous pouvons amener le cinéma vers des formes nouvelles. Les cinémas iranien, taïwanais ou chinois reviennent vers cette tradition-là. L’ouverture devient alors planétaire. Ceci permet d’aborder la mort avec une douceur qui vient de l’Orient. Nous avons besoin d’être apaisés. J’ai vu un film américain [Inception] dans lequel le rêve se transforme en outil pour faire un cambriolage. Dans notre culture et pendant sept cent cinquante ans, les soufis ont écrit leurs rêves, convaincus qu’ils portent le message de Dieu, pour essayer de leur donner un sens. Nous avons besoin de beauté. C’est pourquoi l’art existe. Nous devons ouvrir notre cœur et en faire entendre la voix. Quelle que soit notre religion. Un film est comme une prière, de l’ordre du sacré.
interview par Michèle Levieux, L'Humanité (22 Sept 2010)

Je trouve insuffisant, limité, un art où manque la spiritualité. Pour moi un plan doit rendre sensible l'existence de l'invisible; et de la beauté. Je souhaite que mes personnages découvrent la beauté et l'âme qui soufflent en eux et les portent en ce monde depuis leur naissance. 

Thursday, October 07, 2010

LINKS : Semih KAPLANOGLU

Semih KAPLANOGLU Semih Kaplanoğlu (born 1963; Izmir, Turkey) = 47 yold in 2010
5 films / 4 screenplays (1st film: 1984/latest film: 2010)
INSPIRED BY : Robert Bresson, Ozu Yasujiro, Andrei Tarkovsky, Satyajit Ray, Victor Erice, Nuri Bilge Ceylan
C.C.C. films (strict model in red) : Yumurta; Süt; Bal;
INFLUENCE ON : ?

Bal / Honey (2010) IMDb - Berlinale 2010, Golden Bear
Süt / Milk (2008) IMDb - Venice 2008, FIPRESCI Prize
Yumurta / Egg (2007) IMDb - Cannes 2007, Quinzaine; Istanbul 2008, Golden Tulip
  • Official website (Kaplan) / Press kit (7 May 2007) PDF
  • "Cahier d'un retour au pays natal" By: M. M. (L'humanité; 23 May 2007) [FRENCH]
  • Dans l'intimité de l' "œuf" By: Olivier Séguret (Libération; 23 mai 2007) [FRENCH] 
  • "Semih Kaplanoğlu' s new trilogy has brought him to the limelight once again" By: Lalehan Uysal (On Air; Dec 2007)
  • "Yumurta" By: Charlotte Garson (Cahiers du cinéma; n° 633; avril 2008) [FRENCH] 
  • "Yumurta" (Les Inrockuptibles; 22 Avril 2008) [FRENCH] 
  • "Yumurta" (Libération; 23 avril 2008) [FRENCH] 
  • "Un homme se penche sur son passé" By: Jean Roy (L'Humanité; 23 avril 2008) [FRENCH] 
  • "Une démarche autobiographique nourrie de soucis documentaire" By: Jacques Mandelbaum (Le Monde; 23 avril 2008) [FRENCH] 
  • "Après la mort de la mère, parcours élégiaque vers la sérénité" By: Jean-Luc Douin (Le Monde; 23 avril 2008) [FRENCH] 
  • "Yumurta" (Télérama; 23 avril 2008) [FRENCH] 
  • "Yumurta'nın Zihinde Bıraktığı İzler - 1" By: adsoy (moroccom, 23 Aug 2010) part 1 - 2 - 3 [TURKISH]
  • (add link here)
Melegin düsüsü / Angel's Fall (2005)
  • (add link here)
Herkes kendi evinde / Away from home (2000)
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Asandor / Elevator (1993)
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Mobapp (1984) 14'
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GENERAL BIBLIOGRAPHY
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BOOK on Semih Kaplanoğlu
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GENERAL ONLINE ARTICLES


INTERVIEW


TEXT BY Semih Kaplanoğlu
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WEBSITES


DOCUMENTARY ON Semih Kaplanoğlu
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Wednesday, September 22, 2010

La poésie introvertie (Bal)

Jean-Luc Douin, Le Monde, 21 Sept 2010

"Le choc, quand on voit un film de Kaplanoglu, dépouillé de musique et presque sans paroles, voué aux bruits animaliers, aux échos du vent ou de la pluie, est le défilé d'émotions, le chaos de sensations qui, dans les deux premiers films, ramènent sans cesse le héros à sa petite enfance, et dans le troisième le confrontent à ses rêves. Ce cinéaste a une approche du temps qui nous mène bien au-delà de l'époque où vivent ses personnages, et une façon de les regarder qui nous fait pénétrer dans leur âme. Il parle de son style comme d'un "réalisme spirituel", de son art comme d'une scrutation de la vie "à la lumière des puissances supérieures".

Dans Yumurta frappait d'emblée une façon d'égrener de petits gestes anodins qui prenaient valeur de symbole. Une fleur dans un pot, un bol de lait, un puits envahi d'herbes, l'odeur d'un oignon, et cet oeuf annoncé par le titre, signe de la séparation avec la mère, de l'heure de briser sa coquille. La trilogie est bâtie sur ce lien du fils et de sa mère, lien forcé quand celle-ci se retrouve veuve et confrontée à un petit garçon fracassé par la disparition de son modèle paternel dans Miel, lien rompu lorsque Yusuf doit accepter la sexualité de celle qui l'engendra et renoncer à vivre de ce qui le nourrissait jusque-là, l'économie laitière, dans Milk, film du sevrage. [..]

Milk et Miel débutent par une scène où un être humain est suspendu la tête en bas. Une jeune fille soumise à une sorte d'exorcisme destiné à faire sortir le serpent qui s'était introduit en elle par sa bouche dans Milk, le père à la merci d'une branche qui ne va pas tarder à craquer dans Miel. Kaplanoglu voit sa Turquie défigurée, son paradis à l'envers. Yusuf, tout au long de ces trois films, reste taiseux, fragile, introverti. La poésie sera son refuge. Les animaux, dont Kaplanoglu justifie la présence par une fidélité aux rapports qu'entretiennent les bêtes et les hommes, surgissent comme reflets de l'inconscient. [..]

Limpide, élégiaque, radieux dans sa manière d'évoquer les épreuves de Yusuf, le cinéma de Kaplanoglu apaise, fascine, grandit. Les scènes où Yusuf côtoie des jeunes filles sont empreintes de timidité et de respect. Il n'y a chez lui que contemplation là où d'autres succombent à la complaisance esthétique, y compris dans ses fins qui n'ont d'énigmatiques que les apparences. Milk : une lampe aveuglante comme un soleil. Miel : un seau d'eau où se reflète la lune. La lampe est celle d'un jeune homme travaillant à la mine et qu'illuminent ses espoirs de devenir écrivain. La lune est ce qui brille la nuit, à l'heure du deuil, quand ont résonné les prières. Deux façons, pour Kaplanoglu, de signifier le caractère instinctif et sacré de ce en quoi croit son héros, son double : la poésie."
Ours d'Or, Berlinale 2010

Monday, April 05, 2010

Bal (Kaplanoglu) Berlinale 2010


Exceprts from Bal / Honey (2010/SEMIH KAPLANOĞLU/Turkey) Golden Bear - Berlinale 2010
10'36" Arte

interview with SEMIH KAPLANOĞLU (Arte) 3'08" [TURKISH/FRENCH]