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Thursday, September 13, 2012

Ennuyant

Quand les cinéastes se critiquent entre eux... (La Jetée; mai 2012)

Orson Welles sur Antonioni 
«Selon les jeunes critiques américains, l’une des grands découvertes de notre époque est la valeur de l’ennui en tant que thème artistique. Si cela est vrai, alors Antonioni mérite de figurer parmi les pionniers de cette tendance en tant que père fondateur.»
(Les grands cinéastes: Orson Welles, Paolo Mereghetti, éd. Cahiers du cinéma, 2007, p. 71)

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Ingmar Bergman sur Jean-Luc Godard 
«Je n’ai jamais rien tiré de ses films. Ils me semblent affectés, faussement intellectuels et complètement morts. Cinématographiquement inintéressants et infiniment ennuyants. Godard est foutrement chiant. J’ai toujours pensé qu’il faisait ses films pour la critique. Il en a tourné un, Masculin-Féminin, ici, en Suède. C’était d’un ennui hallucinant.»
När Bergman går på bio», par Jan Aghed, Sydsvenska Dagbladet,12 mai 2002)

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Bergman sur Citizen Kane 
«Pour moi, Welles est un fumiste. Ce qu’il fait est vide. Ce n’est pas intéressant. C’est mort… Citizen Kane, dont j’ai une copie – c’est le film chouchou des critiques, toujours en tête de tous leurs sondages – est d’un ennui total. Et les performances sont nulles. Le respect dans lequel ce film est tenu est absolument incroyable… La Splendeur des Amberson? C’est très ennuyant aussi!… À mes yeux, c’est un cinéaste infiniment surestimé.»
När Bergman går på bio», par Jan Aghed, Sydsvenska Dagbladet,12 mai 2002)

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"Godard est capable de rendre ennuyeux un passage de Céline,
comme un tableau de Picasso ou le cul de Brigitte Bardot."
(M.E. Nabe)
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Rossellini sur Godard et Antonioni 
«Toutefois, Roberto ne vit jamais Les Carabiniers, ou n’importe quel autre film de Godard, à l’exception de Vivre sa vie, et encore, seulement à l’insistance de Jean Gruault. Rendu au début des années 60, voir des films l’ennuyait, sauf pour de rares exceptions comme Les 400 coups, Jules et Jim, Fahrenheit 451 ou n’importe quel film de Renoir. «Il est sorti furieux (de Vivre sa vie) et m’a amené à l’écart pour m’engueuler pour lui avoir fait perdre son temps », raconte Gruault. «Le lendemain, nous nous rencontrèrent à nouveau, Jean-Luc et moi, au Raphael. Jean-Luc devait conduire Roberto à Orly et je devais payer sa note d’hôtel qui était assez exorbitante (ça allait me prendre d’énormes efforts dans les mois suivants pour être finalement remboursé). En route vers l’aéroport, il maintint un silence lourd de menace. Soudainement, il cria, dans une voix aigüe de Cassandre annonçant prophétiquement la chute de Troie (…): «Jean-Luc, tu es au bord de l’antonionisme!» L’insulte était telle que le malheureux Godard perdit un instant le contrôle de sa bagnole et faillit nous expédier dans le décor.»
The Adventures of Roberto Rossellini: His Life and Films» par Tag Gallagher, p. 553)

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Ingmar Bergman au sujet d’Antonioni 
«Il a fait deux chefs d’oeuvres, mais le reste ne vaut pas le détour. L’un des deux est Blow-Up, que j’ai vu plusieurs fois, et l’autre est La Notte, qui est aussi un film merveilleux, même si c’est surtout à cause de la jeune Jeanne Moreau. Dans ma collection, j’ai aussi une copie de Il Grido, mais c’est un film horriblement ennuyant. Je veux dire, terriblement triste. Vous savez, Antonioni n’a jamais vraiment appris le métier. Il s’est concentré sur des images individuelles, sans jamais réaliser qu’un film est un flot d’images rythmiques en mouvement. Bien sûr, il y a des moments brillants dans ses films. Mais je ne ressens rien pour L’Avventura, par exemple. Seulement de l’indifférence. Je n’ai jamais compris pourquoi Antonioni était si incroyablement applaudi. Et je trouvais que sa muse, Monica Vitti, était une très mauvaise actrice.» 



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