Monday, January 31, 2011

Quattro Volte (critique contemplative) 2

LENTEURS PLURIELLES

Sujet exemplaire, donc, pour isoler le caractère contemplatif de la mise en scène, et ce en dehors des parasites de la narration classique dont les résidus encombrent toujours plus ou moins les films dits "lents" qui ne comportent que schémas traditionaux ralentis. Une simple lenteur ne modifie en rien le modèle académique. Il y a la lenteur primitive de Lumière, la lenteur syncopée du Kino-Pravda, la lenteur classique de Hollywood, la lenteur mélo du néoréalisme, la lenteur métaphysique de la "Modernité", la lenteur posée du Cinéma Direct, la lenteur animée du Cinéma Vérité, la lenteur descriptive du documentaire, la lenteur décomposée du "Montage à contrepoint", la lenteur Postmoderne, et enfin la lenteur contemplative. 
Ces formes ont en commun d'être lentes, mais lentes différemment en nature. Une nature spécifique qui se traduit dans un style esthétique et syntaxique remarquable. Les films de ces divers courants ne se singularisent pas seulement du fait de leur provenance géographique ou de leur appartenance à une époque circonscrite de l'histoire de l'art. Certains emploient la lenteur des actions, combinées à un montage frénétique (Kino-Pravda, Montage à contrepoint). Ce n'est pas pareil que pour ceux qui emploient le plan séquence continu en le chargeant d'une parole soutenue (Néoréalisme, Cinéma Vérité). D'autres encore rajoutent des plans calmes afin de ménager une pause entre deux actions (Hollywood). 
On se rend bien compte qu'il y a mille lenteurs et qu'il serait impensable de les amalgamer indistinctement. Les subtiles variations des multiples facettes du temps long ne vous intéressent pas? La matière constituante du cinéma vous échappe donc. Il y a autant de formes de temps qu'il y a de mots Inuit pour la neige, ou de noms pour les nuages à la météo. Il suffit d'y prêter attention longuement pour en saisir les moindres nuances.

De même qu'aujourd'hui, issus de ces mêmes courants esthétiques parallèles, nous retrouvons plusieurs sortes de films lents parmi les "films de festival", et cette "lenteur générique" que les critiques semblent incapable d'identifier et comparer, prend des formes très distinctes qui donnent lieu à une expression esthétique singulière. La lenteur de la caméra suiveuse des frères Dardenne n'est pas celle des travelling de Tarr Béla! La traduction formelle procède d'effets narratifs bien différents. La lenteur affectée, silencieuse de Kaurismaki n'est pas celle de l'articulation théâtrale robotique d'Eugène Green. Le lent monologue ininterrompu de l'Arche Russe (Sokourov), ne ressemble aucunement au continuel périple bavard de Dante Lazarescu (Puiu). La lenteur élastique de There Will Be Blood (PTA) impressionne peut-être le public commercial, mais semble surfaite à côté de son utilisation en profondeur dans United Red Army (Wakamatsu). Et si tous ces films-là sont plus mou que la "norme", ils ne sont pas pour autant représentatif du mode Contemplatif.
Quel gâchis que la critique se contente d'y voir un banal ralentissement passe-partout auquel on ne prête qu'une seule particularité, celle d'être moins speedée que le format standard institué par Hollywood. Cette standardisation émousse irrémédiablement les sens de tout spectateur devenant impatient, irritable et frivole... Le cinéma nécessite un discours critique qui dépasse les basses considérations de rentabilité narrative d'un plan, de durée efficace et d'ennui autarcique.


MINIMALISME EXEMPLAIRE

Je m'intéresse dans ce film de Frammartino aux schémas positifs qui distinguent le mode contemplatif : caméra distanciée, regard détaché, unicité linéaire du point de vue, montage à juxtaposition aggrégative, plénitude intègre des mouvements, son direct et diégétique (ce dernier point n'est pas respecté par Le Quattro Volte).

Supprimer l'humain simplifie la lecture du paysage et se débarrasse des fonctions psychologiques que l'on pourrait attribuer à tel plan subjectif, tel mouvement de caméra, tel cadrage suggestif. C'est aussi une affirmation esthétique définitive dans le sens d'une mise en scène contemplative sommaire, voire abstraite, comme peuvent l'atteindre Warhol, Kiarostami, Benning, Geyrhalter (stasis films 2). C'est pourquoi ces exemples sont plus pédagogiques et moins ambigus pour qui ne comprend pas la nature du Cinéma Contemplatif. Après avoir assimilé le squelette de base, nous saurons plus aisément distinguer les procédés clés du mode contemplatif à l'intérieur de films plus narratifs-modernes (Angelopoulos, Wenders, Erice, Oliveira...), voire plus narratifs-classiques (Kalatazov, Lamorisse, Ozu, Dreyer...).

J'apprécie tout particulièrement la démarche didactique que contient Le Quattro Volte. Frammartino décide de segmenter son film par pallier, afin d'habituer le spectateur graduellement, en l'accompagnant du récit minimal vers l'ascétisme formaliste. Un peu comme Michelangelo Antonioni dans L'Eclisse (1962), qui achevait son traité de déconstruction progressive du couple et de la narration classique par un haïku visuel. Il peut se permettre une telle étude formelle qui tend vers l'abstraction, car les lieux sans personnage et sans parole qu'il monte en épilogue, sont des plans déjà filmés au cours du film plus narratif, ce sont des images familières pour le spectateur. Mais un familier défamiliarisé, générant l'inquiétante étrangeté apte à annoncer le phénomène métaphorique de l'éclipse.  
Ce dispositif purement visuel est employé, sans familiarisation préalable, dans Five (2005/Abbas Kiarostami), Notre Pain Quotidien (2005/Geyrhalter) ou Les Hommes (2006/Ariane Michel). Le spectateur se retrouve alors immergé dans un paysage d'images impersonnelles qui fabriquent un rapport émotionnel et micro-narratif par elles-mêmes, par simple observation accumulative. Les plans successifs se répondent, par quasi-continuité spatiale ou formelle, établissant une sorte de carte mentale de l'environnement où se déroule le film. Et cette forme de micro-narration sans parole fonctionne remarquablement bien eût égard à son économie de moyens. Nous habitons véritablement un univers créé par le film, sans être complètement désorienté ou perplexe. 


Quattro Volte joue précisément sur cette confiance dans l'observation intuitive du spectateur, et déroule quatre histoires, ou quatre épisodes d'une histoire englobante, à travers une accumulation d'images d'une même communauté, dont les habitudes, les coutumes, les liens sociaux, les motivations apparaissent naturellement à force de familiarisation avec le manège d'un enchevêtrement de vies individuelles et symbiotiques. 
Premièrement une histoire d'homme, quoique déjà sans parole, puisque le berger est de composition taciturne; un viel homme auquel tout spectateur peut s'identifier. Deuxièmement une histoire de chevreau, donc fatalement sans parole; un animal qui nous était déjà familier dans l'épisode précédent. Troisièmement, l'histoire d'un arbre, mais entouré de villageois qui se chargent d'animer cet épisode; beaucoup de bruit mais aucune phrase audible distinctement; une foule que nous avions déjà rencontrée lors du chemin de croix et de l'enterrement. Finalement, l'histoire d'une meule de charbon érigée par des charbonniers aussi peu bavards; l'épisode le plus immobile et désaffecté; aux antipodes de tout anthropomorphisme possible; réduit à une série d' "images-diapositives" scandant l'évolution d'un travail minutieux sur plusieurs semaines.


En un seul film, nous parcourons toute l'évolution esthétique du cinéma minimaliste, depuis le pseudo-documentaire des reconstitutions éthnographiques de Lumière ou Flaherty jusqu'aux tentatives formalistes du mouvement minimaliste des années 70. C'est un mode d'emploi déguisé à l'usage du spectateur abasourdi. Un seul film qui dit son amour pour toutes les formes du cinéma minimaliste existant indépendamment des traditions mélo-dramatiques. On l'aura compris, aucune référence nécessaire ici au spectacle et à ses artifices.

(autres parties de l'article : 12 - 3 - 4 - 5)

à suivre...

Do nothing for 2 min

Are you fit to watch contemplative films?
Don't click here if you're a bored critic.

Wednesday, January 19, 2011

Fabrique du temps

Le cinéma, art du temps

Les films adorent jouer avec le temps, l'éclater, le ralentir ou l'accélérer. Pour notre plus grand bonheur, le cinéma voyage dans le temps. Traversée du temps jouissive ou Jour sans fin cauchemardesque, le 7e art décompose le temps, machine toute-puissante capable de nous replonger dans le passé ou de nous propulser dans un avenir lointain.
Le cinéma recompose le temps à sa guise, pour nous faire éprouver sa durée ou le suspendre. Michelangelo Antonioni, le temps d'une Eclipse, ou Gus Van Sant (Elephant) expérimentent, prouvant la richesse infinie du cinéma en ce domaine, imposent une "image-temps", pour reprendre l'expression de Gilles Deleuze. Le philosophe voyait dans Citizen Kane le premier grand film d'un cinéma du temps, la construction en flash-back permettant de faire coexister différentes "nappes de passé".
Deux autres grands cinémastes du temps sont fortement présents dans le cycle. Alain Resnais, pour son incessant voyage entre réel et imaginaire (L'Année dernière à Marienbad), mémoire et présent (Muriel, Hiroshima mon amour) ; et Luchino Visconti, cinéaste du temps décomposé, attaché à l'histoire et aux traces qu'elle laisse sur ses personnages (Mort à Venise, Senso). [..]


Le cinéma nous invite à l'épreuve du temps et de la durée, à travers une autre temporalité. Chantal Akerman, Gus Van Sant, Michelangelo Antonioni sont les cinéastes qui nous convient à une expérience inédite, une autre façon de ressentir le temps quotidien.

L'éloge de la lenteur

Chantal Akerman filme la répétition des mêmes gestes qu'effectué inlassablement Jeanne Dielman. "Inutile de préciser que n'importe quel spectateur ressentira l'écoulement lent et meurtrier du temps littéral qui ne cesse de se dérouler sous nos yeux. Cette image nous plonge dans une sorte de profondeur cinématographique qui, soudain, transforme radicalement toutes les modalités temporelles associées jusqu'alors au fait de regarder un film." Gus Van Sant a vu le film de Chantal Akerman et Eléphant est un remake américain de Jeanne Dielman. Le cinéaste filme lui aussi la banalité du quotidien, celle de la violence qui surgit dans le temps suspendu ou ralenti d'une chronologie qui invente sa logique propre. Antonioni fut le filmeur des errances urbaines, de ce temps de l'attente opposé au rythme trépidant et vain d'une société de plus en plus matérialiste.

Cet éloge de la lenteur au cinéma contraste avec l'accélération de nos vies, soumises à une exigence de vitesse et de simultanéité toujours plus grandes. La vitesse est, paraît-il, le signe du progrès et de la modernité. À l'écran, l'adrénaline sauve la donne quand une course-poursuite à toute allure est une question de survie, pour échapper à un chauffeur psychopathe (Duel de Spielberg) ou désamorcer une bombe (Speed de Jan de Bont). Mais dans nos villes réelles, les pauvres humains que nous sommes aimeraient bien ralentir la ville, suspendre un temps le rythme qui nous pousse à aller plus vite, afin de gagner du temps sur le temps. [..]

Muriel Dreyfus

La fabrique du temps, cycle de projections au Forum des Images (Paris), du 1er décembre 2010 au 24 février 2011.

Parmi les films projetés : Dolls (Kitano); Farrebique (Rouquier); El Sol del membrillo (Erice); Symphonie paysanne (Storck); Kasaba (Ceylan); Le Bonheur (Varda); Tokyo Monogatari (Ozu); A Time To Live and A Time To Die (HHH); Je t'aime, je t'aime (Resnais); What time is it there? (Tsai); L'Eclisse (Antonioni); Jeanne Dielman (Akerman); Duel (Spielberg); Elephant (van Sant); La Captive du désert (Depardon)...


Entretien avec Etienne Klein 
15 décembre 2010 (forumdesimages) 2'37"

L’un des spécialistes du temps en physique, Étienne Klein dirige le Laboratoire de Recherche sur les Sciences de la Matière au CEA. Également philosophe, ce chercheur curieux et charismatique est le parrain exceptionnel du cycle "La fabrique du temps".

Rencontre : Etienne Klein dialogue avec François Jullien (15 décembre 2010)

Etienne Klein, parrain du cycle, rencontre François Jullien, philosophe et sinologue, auteur notamment de "Du temps. Eléments d'une philosophie du vivre" (2001) et "Les transformations silencieuses" (2009). François Jullien interroge notre façon occidentale de considérer le temps à la lumière des conceptions orientales : le dieu Chronos, faucille dans une main et sablier dans l'autre, découpe le temps en moments se succédant dans un courant irréversible. Pour les chinois, le temps est un ensemble d'ères, de saisons et d'époques immémorialement répétées. Comment les conceptions du scientifique Etienne Klein dialoguent-elles avec ces deux pensées? 

Monday, January 17, 2011

Quattro Volte (critique contemplative) 1

Le Quattro Volte (2010/Frammartino/Italia) website officiel [PDF]
Cannes 2010 - Quinzaine des réalisateurs



PROLOGUE

D'abord des battements étouffés, indistincts, réguliers. Un homme juché sur une butte de terre noire, assomme le monticule à dos de pelle. La terre lugubre remplit le champ. Et puis, au plan suivant, nous voilà à l'intérieur de la meule; l'écran s'est éteint complètement; les coups sont estompés, comme provenant d'outre-tombe. 
Le monde minéral est aveugle et presque sourd. On ne sait pas encore qu'il s'agit d'une charbonnière. La scrutation attentive du pourtour raconte par morceaux une facette insoupçonnée du sujet absent. L'essence du portrait en creux.

Ce film bucolique débute dans les entrailles du sol, analogie maternelle à la matrice terrestre. Une évocation de l'infra-monde semblable à l'ouverture du Cremaster 3 (2002) de Matthew Barney, ou d'Hic! (2002) de Gyorgy Palfi. Dichotomie tellurique du dessous/dessus. Proximité minérale/animale. Mais nous retrouverons ce plan en fin de film, en refermant une boucle de recyclage écologique, pour ainsi dire existentielle, reliant de manière cocasse toute la biosphère par quatre épisodes successifs. La vie et la mort d'un berger. La vie et la mort d'un chevreau. La vie et la mort d'un sapin. La vie et la mort d'une meule de charbon. Avec l'évidence la plus simple du monde.

Le temps géologique, ample et lancinant, aux mouvements presque imperceptibles à échelle de vie humaine, débute Le Quattro Volte avec une sensibilité particulière pour une image ineffable. Ce travail d'abstraction poétique nous plonge au cœur des possibilités du mode narratif dit "contemplatif" : une narration libre défaite des contraintes dramatiques et du mystère psychologique des personnages. Ce présent film servira de parfait exemple pour énoncer les secrets du cinéma contemplatif.

Gros plan animalier

CINEMA MINIMALISTE

Pour reprendre quasi-littéralement la terminologie de Fernand Braudel, nous avons ici un condensé illustratif qui superpose l'histoire presque immobile (celle du charbon-minéral, celle du sapin-végétal), l'histoire lentement agitée (celle du troupeau-animal, celle du village-humain) et l'histoire événementielle (celle des anecdotes de l'humain, des effets comiques, de la fête). Si l'échelle de l'Histoire humaine et géopolitique est d'ordre séculaire, le cinéma contemplatif agence le récit par strates de temporalités sédimentaires, à l'échelle d'une projection de film. Non dans l'optique de l'historien omniscient, mais celle du spectateur de passage. Le mode contemplatif flirte avec l'histoire presque immobile (du paysage) et l'histoire lentement agitée (de l'errance prolongée). L'histoire événementielle, quant à elle, est le moteur principal du mode narratif classique. En revanche, elle devient superflue, marginale ou négligeable dans la structure macro-dramatique épurée du film contemplatif.

Michelangelo Frammartino : "Est-ce que le cinéma peut se libérer du dogme qui dit que le personnage principal doit être un homme? Le Quattro Volte encourage un parcours de libération du regard. Il pousse le spectateur à trouver le lien invisible qui anime la totalité du monde. Le film commence de manière traditionnelle, en se concentrant donc sur l’homme. Puis, il déplace l’attention du spectateur sur ce qui entoure l’humain, et qui ne constitue normalement que le décor du film. L’humain est “enlevé” et relégué à l’arrière plan, et ce qui était au fond passe au premier plan pour faire place au plaisir d’une découverte : les autres règnes – le végétal, l’animal et le minéral – qui ont la même dignité que l’humain. Pour moi, le cinéma est un instrument qui peut, plus que d’autres modes d’expression, mettre en évidence la liaison entre les règnes. Trouver ce lien a été une aventure cinématographique.
Quand je regarde un film, j’ai l’impression que la pellicule fixe quelque chose qui dépasse ce que la caméra enregistre, comme si l’image était une forme d’accès à l'invisible."
Tout est dit. Le réalisateur parle mieux de son cinéma que la presse prescriptrice et ennuyeuse. Le dogme est bien dans l'académisme classique, par définition, et non dans le prétendu "maniérisme" minimaliste (quel paradoxe!). Frammartino emmène le minimalisme narratif très loin, en repoussant dès le deuxième épisode la présence humaine en tout fond de champ. Les hommes sont relégués au rôle de pantins impersonnels qui animent un tableau vivant d'ensemble, mais ne dirigent pas le regard de la caméra. D'ailleurs, hormis quelques rares plans sur le visage du vieux berger, les villageois ne sont qu'entraperçus de loin. Un tel dispositif accentue l'effet sur le spectateur privé de gros plans, lesquels sont réservés aux chèvres du deuxième épisode! Des têtes plein-cadre qui "parlent" aux spectateurs. Et déjà, afin de pallier à l'absence de récit traditionnel, la vue de gros plans appelle une bien vaine lecture anthropomorphique, prêtant aux postures caprines des sentiments humains... Mais ce réflexe conditionné s'évanouit bientôt. L'observation sociologisante glisse vers la contemplation poétique. Les plans de chèvres dédramatisés aidant, il nous convainc de redécouvrir un gros plan sans arrière pensée, sans les schémas préconçus du cinéma classique.

Dans cette situation précise, nous apprenons à voir l'Homme figurant comme un "accessoire" cinématographique  d'arrière plan, et non un support d'histoire. La partie d'un tout, au lieu du poste dominateur et sursignifiant qu'il s'octroie sans faute par automatisme forcené. Saviez-vous que l'art cinématographique, à l'instar des arts plastiques postérieurs à la révolution minimaliste, sait parler à l'imagination sans empathie anthropomorphique, avec des résultats néanmoins remplis d'âme et de cœur? Le véritable porteur du récit, ici, c'est le paysage. Une fois n'est pas coutume. L'environnement qui englobe tous personnages narratifs traditionnels, revêt lui-même l'apparence d'un personnage, inanimé, non traditionnel. Son corps cinématographique est plus vaste, débordant hors-champ, d'une immobilité déconcertante, à peine agité d'un frémissement infime, à jamais insaisissable dans son entier, décomposé en diverses figures inertes aux accents énigmatiques : qui une fenêtre bâilleuse, qui un portail grincheux, qui un toit fumeur, qui un nuage crevé laissant fuir un pinceau de soleil, qui un arbre élancé qui balaie le ciel... Le but n'est point de personnaliser chaque coin de l'écran, mais de redécouvrir comment la figure habituelle du personnage central peut se disperser en une infinité d'accroches visuelles sans hiérarchie cinématographique. Le paysage devient un personnage général tout autant que l'unique concept de protagoniste directeur se dissout dans une forêt de signes subordonnés, en tous points égaux. Les rapports intuitifs du sujet agissant à son écrin agi sont bouleversés.

Lorsque l'humain, ou la figure anthropomorphique, disparaît, le paysage défiguré laisse place à une appropriation du vide par le regard. Les animaux le peuplent, les végétaux ou le végétal, les objets, l'architecture, les véhicules, s'ajoutent pour habiter ce vide de "personnages" et constituent une entité dramatique d'un nouveau genre, avec son échelle topographique et son rythme moins instantané.

Grâce à cette appréhension déshumanisé - non pas inhumaine - de l'écran cinématographique, le spectateur sera par la suite capable de concevoir l'humain dans un paysage (ou une foule de gens) comme un élément de celui-ci, comme un corps cinématographique indifférencié, nébuleux. Cette manière de ramener la contemplation de groupes humains au documentaire animalier, restitue une place noble au paysage. Le détail qui a une importance capitale, est bien évidemment, que l'absence de protagoniste articulateur ne soit jamais remplacé par un narrateur en voix off explicatif ou une musique discursive!

Vous trouverez de luxuriants personnages-paysages, par exemple, dans des films comme Nanook (1922), Finis Terrae (1929), Man of Aran (1934), Les Saisons (1975), La Libertad (2001), Los Muertos (2003), Fantasma (2006), Les Hommes (2005),  Honor de Cavalleria (2006), Our Daily Bread (2005), El Cant dels Ocells (2008), Liverpool (2008), Alamar (2009)...



DOCUMENTATION ETHNOGRAPHIQUE

Néanmoins, cette parabole poétique n'est pas dénuée de remarques ethnographiques que nous pourrions relever ça et là, incluses discrètement par l'auteur. Contrebande de poussière d'église, chemin du Calvaire en costume romain, fête du mât de cocagne, fabrication du charbon de bois...

Il s'apparente par certains côtés à la trilogie de Raymond Depardon : Profils Paysans (2000-2008), qui filma dix ans durant le quotidien de quelques familles paysannes des régions agricoles montagneuses françaises (Lozère, Ardèche, Haute-Loire). Frammartino ne se consacre pas à une étude ethnologique de longue haleine, mais comme Depardon, il filme des proches qu'il connaît bien. Ici, le berger est son propre grand-père, qui jouait déjà dans son premier film Il Dono (2003). Les ultimes témoignages d'un mode de vie ancestral qui s'éteint...

En Italie (Calabre) et en France, ils partagent les mêmes conditions de dénuement extrême dans des régions retirées du monde urbain "civilisé". Le village fortifié de Caulonia est perché au sommet d'un rocher, émergeant solitaire au milieu d'un océan champêtre (la métaphore maritime de Braudel y trouve tout son sens). Seul habitat d'une contrée désertée à perte de vue. Les ruelles sont pentues, exiguës, l'architecture âgée, les rites surannés. En l'absence des actions énervées du mélo caractéristique de la ville industrialisée, tout concorde à en faire un sujet idéal pour la micro mise en scène nonchalante du cinéma contemplatif.

Mais il ne s'agit pas de confiner pour autant ce mode contemplatif aux scènes pastorales ou moyenâgeuses comme dans : Uncle Boonmee (2010); Bal/Miel (2010); Alamar (2009); Himalaya, where the wind dwells (2009); Liverpool (2008); El Cant Dels Ocells (2008); Delta (2007); Los Muertos (2003); Blissfully Yours (2002)... qui donnent des films magnifiques, parfois taxés de passéistes par les adeptes du village électronique global. Il est bon de rappeler que si Facebook a 500 millions d'amis, il reste près de 4 milliards et demi de gens sur Terre qui ne passent pas leur vie sur internet car ils n'y ont tout simplement pas accès. Et il est tout à fait légitime aujourd'hui que le cinéma s'intéresse à cette réalité-là, au revers de la médaille, en contrepoint des autoroutes de la sur-information.

Cependant, il est tout à fait possible de développer une atmosphère propice au regard contemplatif en milieu urbain, au sein de la frénésie technologique propre au nouveau millénaire : Año Bisiesto (2010); Now Showing (2008); Los Bastardos (2008); I Don't Want to Sleep Alone (2006); Still Life (2006); Our Daily Bread (2005); Batalla en el cielo (2005); Nobody Knows (2004)... Ce sont des îlots de quiétude, lentement rythmés, alors que tout autour d'eux s'agite ou s'effondre. Ils opposent un commentaire tout aussi pertinent sur notre époque, avec un point de vue qui ne se sent pas obligé de singer les rythmes syncopés, abrégés du sujet observé.


(autres parties de l'article : 12 - 3 - 4 - 5)

Lire aussi :

Thursday, January 13, 2011

Grande Syntagmatique (Metz)

Le plan séquence et le récit minimum

Essais sur la signification au cinéma, tome 2, 1972, Problèmes sémiologiques, Ponctuations et démarcations :

Christian Metz :

Toutefois, il arrive également que chaque plan soit séparé du suivant par un effet optique. Ainsi, une longue marche dans le désert sera évoquée par une série de plans montrant (pour peu de temps chaque fois) le voyageur à un point différent de sa pénible progression, et chacun de ces profils se résorbera dans le suivant à travers un fondu-enchaîné. Dans les constructions de ce genre, les segments compris entre deux enchaînés (surtout s'il s'agit de plans assez simples) sembleraient se rapprocher, par leur étendue syntagmatique, de ceux que la langue écrite encadre entre deux ponctuations (phrases ou propositions). Mais cette équivalence, de toutes façons peu convaincante, ne résiste pas à l'examen : on a affaire ici à un type de montage bien particulier (que j'ai appelé ailleurs, fréquentatif ou duratif), et où le fondu-enchaîné fonctionne d'une façon très spécifique dont la première conséquence est qu'il n'est pas une ponctuation. Il ne sépare pas deux segments de la diégèse, mais déploie son action à l'intérieur de l'un d'entre eux, qu'il contribue par là à constituer comme tel. [..]

On rétorquera peut-être que ces mêmes principes, appliqués au cas de l'enchaîné duratif, permettraient justement de le considérer comme un signifiant ponctuatif : ne peut-on pas dire de lui, également, qu'il sépare et relie à la fois plusieurs sous-unités, qui seraient ici les différents plans successifs de la séquence durative? [..] Le propre de ce cinéma, c'est qu'il considère l'unité du plan comme donnée, comme suffisamment assurée par sa continuité physique et phénoménale (référentielle); tout son effort est de s'appuyer sur cet acquis premier pour retrouver les prestiges du roman classique : création d'un monde, sentiment de la durée vécue, épaisseur des temps, des lieux et des hommes. Pour cela, c'est la séquence qu'il recherche, c'est elle (et non le plan) qui lui est un souci, qui lui fait un problème permanent : il faut que les actions, les époques, les paysages se distribuent et s'organise sur l'ensemble du film; il faut que s'établissent des regroupements supérieurs au plan (= unité de tournage) et inférieurs à l'œuvre (unité maximale). A partir du cinéma des primitifs, où chaque tableau coïncidait automatiquement avec un plan unique, c'est le cinéma classique qui a peu à peu développé et imposé - qui a inventé - la notion même de séquence, ainsi que les principaux types normalisés de séquences, qui forment cette grande syntagmatique dont j'ai commencé l'étude. C'est pourquoi, dans le film à diégèse, la séquence (le ségment autonome) n'est pas une unité majeure. [..]

Un autre cas particulier est celui du plan-séquence, qui est venu rejoindre et enrichir après coup l'arsenal syntagmatique du découpage classique.


* * *

L'écran post-moderne, 1997; L'épuisement du récit classique :

Laurent Juiller :

La notion de récit

Les théoriciens de cinéma, pas plus que les linguistes ou les narratologues, ne s'accordent pas pour donner une définition unique du récit ou de ce qui constituerait le minimum narratif, ce plus petit fragment de texte qui raconte quelque chose. Pour le cinéma, la définition de Christian Metz dans son article de 1966 Remarques pour une phénoménologie du Narratif a été citée de nombreuses fois : le récit est un discours close venant irréaliser une séquence temporelle d'événements. C'est un discours car, contrairement à ce qui se passe dans le monde réel, quelqu'un est là pour nous le dire ou nous le montrer. Il est clos puisqu'il comporte un début et une fin. Il réalise la chose racontée car celle-ci se déroule ailleurs ou dans un autre espace-temps. Il se sert d'événements, et enfin il met en jeu deux temporalités, celle de la suite des événements racontés (temps de l'histoire) et celle du spectateur en train de parcourir le texte (temps de la projection).
On doit pourtant reconnaître qu'il est difficile, avec ces cinq critères, de définir le minimum narratif au cinéma. Christian Metz l'avait tenté, distinguant hiérarchiquement trois niveaux (l'image / la description / la narration) illustrés chacun par un exemple de plan :
  1. Plan fixe d'une étendue désertique : image non narrative ni descriptive
  2. Plusieurs plans d'une étendue désertique : description
  3. Plusieurs plans d'une étendue désertique dans laquelle chemine une caravane : présence d'une narration
Le premier de ces exemples pose déjà à lui seul beaucoup de problèmes : bien qu'il semble que le critère de double temporalité ne soit pas satisfait, et que spectateur et chose filmée se trouvent en situation d'isochronie jusqu'à la prochaine coupure, il se pourrait que ce ne fût pas le cas. Il se pourrait que l'on eût filmé les dunes à 96 images / seconde (ralenti) ou bien à 4 images / seconde (accéléré), et que le spectateur perçoive en fait un temps dilaté ou comprimé. Et que se passerait-il si, au beau milieu des dunes s'élevait un monolithe noir semblable à celui de 2001 - c'est-à-dire un objet rigoureusement immobile mais qui brise le cliché, qui n'est pas prévu dans le script mental étendue désertique ? Et si soudain survenait le bruit d'un avion ? Les choses se compliquent encore avec l'étude en contexte, où le mouvement interne de l'image et la quantité d'événements ne constituent plus des facteurs d'efficacité narrative. Pendant un plan d'une minute sur une étendue désertique le spectateur peut, à l'image du héros, être dévoré d'inquiétude au sujet du personnage parti chercher du secours et qui tarde à revenir; ce plan vide apporte des informations qui font progresser le récit, et qui permettent au spectateur d'échafauder des hypothèses différentes selon le moment du plan. Inversement l'ouverture d'un film américain par un plan général sur la Cinquième Avenue à l'heure de la sortie des bureaux, sert à planter le décor mais n'apporte guère d'informations sur la progression du récit : tout est possible - y compris une histoire qui se déroule loin de New York.

Pour sortir de ce guêpier on pourrait s'en remettre à la seule question des consignes externes : c'est un récit parce que la société le dit. Mais il serait préférable de chercher d'abord s'il existe des consignes internes proprement narratives. Pour E. Branigan (1992), le récit est :
"une manière d'organiser les données spatiales et temporelles en chaîne d'événements liés par une relation de cause-à-effet, avec un début, un milieu et une fin, manière d'organiser qui matérialise un jugement sur la nature des événements aussi bien qu'elle démontre comment il est possible de connaître ces événements, et donc de les narrer"
Le concept de causalité est la clé de cette conception. [..]
Le récit apparaît alors comme l'établissement d'un certain type de lien entre les événements de l'histoire, et la narrativité intrinsèque d'un texte comme l'organisation des données en fonction du fait que le lecteur utilisera a priori pour le comprendre intentionnalité, dispositions durables, et scripts cognitifs (=séquence stéréotypées d'événements). Apparemment, et bien qu'il ne le formule pas ainsi, Branigan postule donc une forte ressemblance entre la façon de raconter une suite d'événements de manière intelligible, et la structure de notre langage de la pensée, langage qui organise les événements en terme d'agents, d'actions menées par ces agents et d'objets affectés par ces actions.

L'idée de causalité comme condition du récit est présente chez G. Deleuze (1990), à ceci près qu'elle se trouve chez lui exclusivement rapportée à un personnage humain :
"[Le cinéma] devient narratif quand il prend pour objet le schème sensori-moteur. A savoir : un personnage sur l'écran perçoit, il éprouve, il réagit"


Lire aussi:

Saturday, January 08, 2011

New possibilities in film language (Tarr)

Tarr Béla : “I’m able to tell you only one thing. What we are trying to do is more and more and more pure cinema, which is maybe less and less and less story, less and less details, and of course, I really would like to go deeper and deeper and deeper in the human soul. I want to understand something because I’m always just discovering, discovering, discovering something, some new thing, some new possibilities in the film language. Of course, I keep some things but I’m always finding new things I can use. I really like to listen to people. I don’t like the artificial anymore. I want to go in like a miner, deeper and deeper. That’s what I think. That’s why I think I can do it always in one way if I’m more and more simple. What we are doing, it’s really on the edge. It’s a risk.”
cited at Cine Foundation international (not to confound with Cinéfondation), date unknown.

Sofia rencontre Chantal


Sofia Coppola : "Somewhere est un film modeste, silencieux, minimaliste. [..]
Ma rencontre avec le chef opérateur Harris Savides fut déterminante. Nous avons discuté de nos goûts, il m'a montré Jeanne Dielman de Chantal Akerman. Cela m'a incité à écrire un script dans un style très simple, sans effets de caméra. J'ai été frappée par le travail d'Harris avec Gus Van Sant, surtout dans Last Days."

Thursday, January 06, 2011

Projet Haiku (Buffalo corp)


Projet Haïku (BuffaloCorp) 7'06"
Réalisation : Cisko K., Morgan S. Dalibert, Thibault Mombellet, Dominique Rocher

Haïku : [d'origine japonaise] Forme poétique très codifiée, brève, et à forte composante symbolique.
Des poèmes japonais brefs, illustrés en quelques plans oniriques. Des images captivantes de pureté et de force, des comédiens aussi beaux que justes, une puissance d'évocation irresistible... Voilà "Haïku", le film lauréat du prix Court Expérimental. [..]
Collectif de réalisateurs et de techniciens, né association, Buffalo Corp. aborde la réalisation via des "sessions artistiques" qu'on comprend... fructueuses. [..]

Voir aussi

Wednesday, January 05, 2011

Wasted time (Romney)

Jonathan Romney (S&S, Feb 2010) : "In recent issues of this magazine, Nick James has commented sceptically on the reverence accorded to such cinema, and on the assumption - not uncommon on the festival circuit - that cinephilia is synonymous with a commitment to it. True, staking one's colours to austere cinema can allow critics to flaunt their aesthetic and moral seriousness. But it is also understandable why critics (myself included) seized eagerly on such films. In part, it is because the codes of commercial cinema have ossified, offering so much less scope for interpretative pleasure than, say, in the 1980s and early 1990s, when there was, at least, a genuine cultural-studies thrill to be found in responding to an energetic and rapidly changing mainstream."
Last year, Sight and Sound surveyed the unfinished first decade  of the XXIst century, and concluded that there were too many "slowish films" on their top30... Instead of embracing this inevitable fact, they decided to lament and blame filmmakers for failing to entertain them enough. That was the brightest idea they could come up with. I amply commented the boredom of a certain caste of film critics whose weak attention-span dictates what is art and what is not. (see here)

But what started all this was really Jonathan Romney's article in the same issue : "In search of lost time" (Sight and Sound, Feb 2010), which I had indirectly commented in my review of Matthew Flanagan's "The Aesthetics of Slow" on the similar binary opposition of "slower cinema" with "mainstream Hollywood"...

Jonathan Romney (S&S, Feb 2010): "If you wanted to lampoon a certain school of slow, ruminative cinema, one shot in particular would suffice. It's from Albert Serra's El Cant Dels Ocells (Birdsong, 2008): an eight-minute single take of a desert plain. Three men stagger laboriously into the distance, disappearing over the crest of the horizon. The camera holds on the dunes for a while, before the three - and don't say you can't see this coming - reappear and start traipsing back. If you aren't of an inclination to take this type of film seriously, you may well split your sides."
In 2000, Jonathan Romney declared his love for the "slow, oblique existential film" (Are you sitting comfortably?, The Guardian, 7 Oct 2000) : "The work of these rare, rejected but vital castaway directors can't easily be defined in terms of where it comes from, how it is made, or even how slow it is"... That was before 2001, right. And in 2010 he says :
Jonathan Romney (S&S, Feb 2010) : "Apart from filling the gap left by philosophical-poetic auteurs such as Bergman and Tarkovsky, the current Slow Cinema might be seen as a response to a bruisingly pragmatic decade in which, post-9/11, the oppressive everyday awareness of life as overwhelmingly political, economics and ecological would seem to preclude (in the West, at least) any spiritual dimension in art."
Magically, because of the terrorist attack on September 11, 2001, he forgot everything he had written until then, and figures that 9/11 is now THE cause of all these cultural changes (that existed before 2000!) What a load of bollocks. Deseperately trying to make their presumptions sound remotely tied to political actualities, they come up with extravagant, far-fetched, half-baked conclusions, and stuff their readers' head with it. A job well done indeed. Everyone jumps on the same pseudo-political bandwagon because in today's global world, EVERYTHING must be linked one way or another to either Hollywood or 9/11... It's not even funny (in a cynical way) at this point.

He talked in 2000 about the very same trend, the same form, the same filmmakers (Tarr, Tsai, Hong, Kelemen, Sokurov, Costa, Monteiro, Dumont, Bartas), with the same clichés about slowness : "painstakingly slow European art cinema", "Tarr's characteristic slow, analytically prowling shots", "severe to a fault", "muted, enigmatic miniature", "these poetic and exceptionally mysterious pieces are closer to art video than narrative cinema".

In 2010, 10 years later, he still uses the same hollow, pejorative shorthands to describe this unfathomable slowness : "lost time", "Slow cinema", "ruminative cinema", "laboriously", "nebulous vein", "austere minimalist cinema", "near-absolute narrative opacity", "parodic echo of Bressonian solemnity"... that's how impertinent the support for these films is articulated in the film press. They don't know what it is, where it comes from, where it's heading to, how to talk about it... and still they are so bored they want to move on already, and forget about this infamous "school of slow". Film Culture used to shine brighter than that! Why would filmmakers want to create progressive film form when film criticism is so superficial?

Jonathan Romney (S&S, Feb 2010) : "'Slow Cinema' has been embraced by critics and festivals the world over. [..] The last decade certainly saw an increasing demand among cinephiles for films that are slow, poetic, contemplative - cinema that downplays event in favour of mood, evocativeness and an intensified sense of temporality. Such films highlight the viewing process itself as a real-time experience in which, ideally, you become acutely aware of every minute, every second spent watching." 
What is going on here? First he blames the spectators for tipping the supply-demand balance, as if auteurs started to make more fashionable films to benefit from a growing "fad"... I don't think that there are such commercial potentials within the art-cinema niche. I don't think that festivals pick films just because that's the type that pleased their audience the previous year... Don't transpose an industrial model that belongs to Hollywood executives onto the art-film "circuit". In fact, it's quite the opposite : major festivals strive to uncover the talents of tomorrow.
Secondly, any amount of success that we could witness within the festival world or the art-house circuit will never give these films the power to influence the mainstream zeitgeist. When you talk about an art-cinema trend, or an art-cinema success, it is not comparable to what happens in commercial cinema, and its repercutions on the cultural landscape. Why would you find suspect the minor prosperity of an art-film trend? Don't worry so much, it is not going to threaten your taste for spectacle...

Look what he says further down :
"Yet Tarr's films, with their elaborate camera play and moments of apocalyptic action, look like big-time spectacle compared to other recent work [i.e. Lisandro Alonso]. [..] Surely we watch, say, Sokurov's Russian Ark (slow Cinema's most spectacular novelty hit) in order to escape the oppressive everyday - the same reason we turn to Casablanca and Mamma Mia!"
WTF? He feels compelled to compare Tarr to "big spectacle" and "action" (entertainment). Classic Hollywood and Broadway! I already noted this entertainment-centered mentality in my commentary of this whole "boredom" debacle of 2010. Do we really need film critics with the vocabulary of the "Image-Action" to review our "Image-Temps"? Deleuze explicated this over 20 years ago! Get on with the time! Update your uptight mental models! Please, don't talk about "contemplative cinema" with your entertainment rhetoric.

Jonathan Romney (S&S, Feb 2010) : "Surely we watch, say, Sokurov's Russian Ark (slow Cinema's most spectacular novelty hit) in order to escape the oppressive everyday - the same reason we turn to Casablanca and Mamma Mia! Art cinema, even at its loftiest, simply offers a different (not necessarily nobler) form of escape. We understandably thirst for abstraction at a time when immediacy and simultaneity - culminating in the multiple-strand captioning of television news screens, or the instant feedback of Twitter - are tyrannical demands, forcing our aesthetic sensibility to seek ways of slowing itself down. [..] Slow Cinema [..] can also cut to the quick."
Again... the only way a film critic could find to explain art-cinema to its stupid readers is to compare it to the escapism familiar to Entertainment. Really? Do you still need to find escapism in a Global World that brings every corner of the planet to your living room, every extreme sport, every sensationalist leasure to your videogame console. So the only purpose of Art is to provide distraction, just like entertainment? You really don't have a high opinion of art... Culture is there to broaden our mental horizon, to access enlightment... If you only care to fight off your own miserable boredom, don't expect Art to provides answers to this narcissistic problem.


Let's hope 2011 will bring better judgment, better memory and better writing on non-action-driven cinema... because if "festival films" are "slow", film criticism is even slower!


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